INTRODUCTION

 La Bourgogne viticole représente deux mille ans d’histoire. Deux mille ans ou peut-être davantage. Les chercheurs ne s’accordent pas sur le sujet. Evidemment, l’absence de preuves nourrit la polémique, mais certaines sources écrites permettent d’échafauder quelques hypothèses.

Qu’il s’agisse de Cicéron, Pline ou Columelle, les auteurs latins se montrent surpris par la production viticole gauloise. En 88, Martial, dans ses Epigrammes, la taxe même de surproduction. En 92, l’édit de l’empereur Domitien l’approuve en ordonnant d’arracher la moitié des vignes en Gaule, parce qu’elles concurrencent dangereusement la production viticole italienne.

Cette décision ne semble pourtant n’avoir eu aucune conséquence sur le vignoble bourguignon. En effet, les archéologues démontrent que l’importation de vins italiens en Bourgogne s’arrête au IIe siècle et que la production locale se suffit à elle-même. Avec la vigne, c’est la « romanisation » des Gaulois, des Séquanes et des Burgondes en particulier qui s’accomplit. Le développement du culte de Bacchus en est l’expression. De nombreux objets inspirés de la vigne et du vin ont été retrouvés : des stèles funéraires avec des personnages tenant des raisins, des dieux au tonneau, au raisin ou au maillet, etc. La vigne devient sujet non seulement d’admiration, mais également d’adoration. Le vin concurrence la cervoise et lui emprunte à jamais son contenant aux qualités si convaincantes : le tonneau. Le breuvage, dit des dieux, devient symbole de richesse et de jalousie.

L’époque des premières plantations de vignes reste donc bien floue. Un texte écrit par un citoyen d’Autun (Saône-et-Loire), en 312, laisse planer des doutes. « Ces Vignes, qu’admirent même ceux qui ne les connaissent pas, sont si épuisées par la vieillesse qu’elles ne profitent presque plus de la culture », révèle-t-il avant de poursuivre : « En effet, les racines des ceps dont nous ne savons plus l’âge, par leurs replis infinis et par leur masse, empêchent de donner aux fosses la prodondeur normale, et les provins à découvert se trouvent exposés aux pluies qui les noient et aux rayons de soleil qui les brûlent ».

 Comment comprendre : « Ces vignes dont nous ne savons plus l’âge ? » Certains pourraient penser que le texte mentionne un vignoble plusieurs fois centenaire, comme il en a existé par la suite. Le grand cru actuel romanée en serait un exemple. Arrachés après la Seconde Guerre mondiale, ses ceps dataient du XIVe siècle. Mais l’historien Roger Dion interprète la source tout autrement. D’après lui, il faut y voir le manque de savoir-faire des hommes d’alors quant au provignage, ou encore la reproduction naturelle de la vigne. D’où l’enchevêtrement évoqué des racines qui n’auraient rien à voir avec un âge avancé du vignoble. En tout cas, c’est bien sur l’axe commercial romain, qui va d’Auxey-le-Petit à Autun, anciennement Augustodunum, la capitale de l’empereur Auguste en Gaule, que les premières vignes bourguignonnes auraient vu le jour. Mais c’est sur des hypothèses que nous resterons.

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