L’amateur doit donc savoir naviguer dans cet océan de vins bon marché, dont les caves-coopératives assurent plus des deux tiers de la commercialisation.
La vigne est apparue ici à l’époque romaine. Elle s’est développée sous l’impulsion des moines de l’abbaye de Cluny. A la fin du siècle dernier, la production de vins rouges était encore largement majoritaire. Les blancs s’en allaient à Lyon, les rouges partaient en Suisse ou dans le Charolais. Mais comme leurs voisins de la côte chalonnaise, ils servaient surtout à soutenir le moral et les forces des populations ouvrières. Il fallut attendre les années 1950 pour que s’inverse la tendance entre les deux couleurs. Ce renversement de situation ne doit rien au hasard, mais beaucoup aux nécessités économiques. La Grande-Bretagne et les Etats-Unis, deux gros marchés d’exportation, étaient déjà friands de vins blancs... Par bonheur, les réalités commerciales et la géologie firent bon ménage. La majorité des terroirs, de type argilo-calcaires, étaient en effet mieux adaptés au chardonnay qu’au gamay. Certaines communes avaient d’ailleurs toujours eu vocation à produire du blanc : Fuissé, Solutré, Chaintré, Pierreclos, Viré, Clessé et quelques autres. Curieusement, le village de Chardonnay ne fournissait que des rouges à la fin du siècle dernier. L’histoire, qui veut que le plus grand cépage blanc du monde soit originaire de cette petite commune, au sud de Tournus, n’est probablement pas authentique. On se sait toujours pas aujourd’hui où est né le chardonnay.
Légendes : En Mâconnais, le château de Pierreclos.
Double page suivante : la ville de Mâcon sur les berges de la Saône a donné son nom au vignoble du sud de la Bourgogne.
Les appellations mâcon et mâcon-supérieur, assez peu porteuses commercialement, ne sont guère utilisées pour les vins blancs. La plupart sont vendus comme mâcon-villages. Deux cas de figure sont alors possibles. Si le vin est issu d’une des 43 communes recensées par le législateur, le nom de cette commune peut figurer sur l’étiquette. On est alors en présence de mâcon-davayé, mâcon-igé, mâcon-azé, mâcon-péronne, etc. Dans le cas contraire, ou lorsque le vin est fait à partir d’assemblages, il est vendu comme mâcon-villages.
Impossible, au sein d’un secteur aussi vaste, d’obtenir une unité dans les terroirs et dans les expositions. Certains sols cependant conviennent particulièrement au chardonnay. Ce sont les terrains calcaires ou calciques. A Clessé ou à Viré, les meilleures parcelles sont, sur le plan géologique, très proches de celles qui donnent naissance aux « seigneurs » de la côte de Beaune. Clessé et Viré viennent d’ailleurs d’obtenir de l’INAO une appellation communale (cf. chapitre Viré-Clessé). On y rencontre de très bons blancs. Mais d’autres terroirs, dans d’autres villages, sont aussi favorables au cépages chardonnay. Au moment du choix, la prudence s’impose cependant. Quelques vins font exception, mais la majorité des mâcons, y compris avec nom de commune, sont des vins de comptoir. Au mieux, frais et désaltérants, charmeurs et friands. Dans ce cas, ils expriment des arômes de fleurs et de fruits blancs, avec une touche citronnée. Au pire, acides et aqueux. La région est dominée par les coopératives, qui vinifient 70 % des blancs. Or, les caves ont longtemps choisi la productivité au détriment de la qualité. Quelques-unes proposent cependant des vins corrects et d’autres ont amorcé un redressement bienvenu. Mais il apparaît encore trop timide aux yeux de l’amateur justement exigeant.
De leur côté, la plupart des producteurs indépendants manquent d’ambition ou ont du mal à faire face aux contraintes d’exploitation. Il faut donc se tourner vers la poignée de viticulteurs d’élite. Ceux-ci savent que leurs terroirs donnent les moyens de l’excellence. Au prix de vendanges mûres et sélectionnées, ils fournissent des vins de haute volée, comparables à certains pouilly-fuissé. C’est chez eux qu’on trouvera de vrais vins de repas, succeptibles de supporter quelques années de garde en se bonifiant. Les autres sont à boire dans les deux ans suivant la vendange, plutôt à l’apéritif, sans se poser trop de questions.