RULLY
Rully la discrète ne met pas tous ses raisins dans le même panier. Alors que Montagny est exclusivement blanche, que Mercurey et Givry se consacrent surtout au rouge, Rully produit dans les deux couleurs. Elles s’enorgueillit aussi de ses vins effervescents : la commune est le berceau du crémant de Bourgogne, avec Nuits-Saint-Georges, en côte de Nuits.
On compta à Rully jusqu’à 600 hectares de vignes. Il en reste aujourd’hui 350, qui sont le fruit d’une active politique de replantation.
Le remembrement de la zone exploitable en donna le signal en 1970. Le phylloxéra et les deux guerres, auxquelles le village sacrifia nombre de ses enfants, avaient fait des ravages. En 1965, la vigne ne subsistait que sur 60 ha des meilleurs coteaux. La production n’était que de 3 000 hl, contre 20 000 aujourd’hui !
Rully est donc un vignoble qui " revient de loin ". Il a été reconquis par une poignée de producteurs qui se sont battus pour imposer son nom et restaurer sa notoriété. Pour autant, à l’image de l’ensemble de la côte Chalonnaise, l’appellation ne jouit pas du prestige que méritent amplement ses meilleurs vins. Il y a donc, ici, des découvertes à faire par l’amateur fouineur.
Historiquement, Rully est d’abord un vignoble de blanc. Le rouge de qualité s’est imposé plus tard, lorsque les vignerons ont ressenti le besoin de satisfaire leur clientèle dans les deux couleurs. L’appellation produisait, en 1997, deux tiers de chardonnay pour pour un tiers de pinot noir. Elle compte 23 premiers crus répartis sur 120 hectares. Bien que tous soient exposés au sud-est, on distingue plusieurs grands secteurs. Sur la pente du plus long coteau, surplombant le village, les Rabourcé, les Cloux, Raclot, Pillot et le Meix-Caillet donnent des vins blancs puissants et fruités, généreux et gras. Mention particulière pour le Rabourcé, planté presque exclusivement de chardonnay. Dans le prolongement, Mont-Palais, la Pucelle, Vauvry, Grésigny et Margotée fournissent aussi de grands blancs. Francs et pleins de fruits, ils sont un bouquet fin et nuancé.
On rencontre de bons rouges au pied de ce même grand coteau qui domine Rully. Les plus connus viennent des Préaux, de Molesme et du Chapitre. Le secteur plus au sud, près du château, réussit bien aux deux couleurs. Ce qu’illustrent La Renarde, Champ-Cloux, le Meix-Cadot, etc.
Le milieu des années 90 a vu progresser l’engouement pour le rully rouge. Longtemps dédaigné par les amateurs de Bourgogne, il retrouve leurs faveurs grâce à l’amélioration de sa qualité. Les vignes ont eu le temps de vieillir et les techniques de vinification ont progressé. Il en résulte des rouges bien typés, souvent plus légers que leurs voisins de Mercurey, mais embaumant la cerise et le lilas, la rose ou la violette. Un rully rouge réussi, c’est un bouquet de fleurs, et une séduction assurée avant même l’agitation du verre ! On peut le boire à dix ans, mais il est toujours plaisant dans ses premières années. Le blanc s’exprime aussi dans le registre floral, avec, souvent, de l’acacia, de l’aubépine, du chèvrefeuille, de la violette. On y découvre de la noisette et des notes plus ou moins toastées, apportées par l’élevage.
Le touriste qui arrive à Rully sera surpris par le calme de ses longues rues bordées de maisons vigneronnes. Il pourra pousser jusqu’au château du XIIe siècle, qui appartient à la même famille depuis 700 ans ! A voir aussi l’église du XVe siècle, un vieux pressoir à levier (XVIIIe siècle), dans la rue du Bourg-Neuf, et la chapelle d’Agneux (XIIIe siècle). Chagny (à 3 km) est une étape gastronomique mondialement réputée, grâce au restaurant Lameloise.