On trouve trace de l’existence des vins de Givry dans des écrits du XVIe siècle. Et de nombreux ouvrages anciens les comparent à ceux de la côte de Beaune. On leur a reconnu le « type Volnay »... pour mieux les opposer à leurs voisins de Mercurey, censés évoquer Pommard. Des rapprochements qui, aujourd’hui, doivent absolument laisser sceptiques les dégustateurs sérieux. Chacun a son identité... Le vignoble couvre 220 hectares environ, dont plus de 90 en premier cru, répartis sur trois communes : Givry, Dracy-le-Fort et Jambles. Il a vécu des heures difficiles dans les années 60, 70. A cette époque, les vins se vendaient mal. Mais les terrains à bâtir étaient de plus en plus recherchés par les habitants de Chalon-sur-Saône, la ville voisine. Plusieurs vignerons ont succombé au chant des sirènes. Ils ont vendu leurs terres à vignes, sur lesquelles ont poussé des lotissements. Cette situation a engendré un double effet. Un effet pervers d’abord. En 1978, Givry était ravalée au rang de toute petite appellation, avec une récolte de seulement 3 500 hl, contre un peu plus de 10 000 en moyenne. Mais aussi un effet positif. En privant la commune de ses vignes de plaine les moins bien exposées, l’urbanisation a, paradoxalement, joué en faveur de la qualité des vins. Les producteurs d’aujourd’hui le reconnaissent, tout en regrettant que l’on soit allé un peu trop loin.
Les vins de Givry sont d’une qualtié remarquablement homogène. Le fait mérite d’être signalé ! Cette constance à un bon niveau trouve son explication dans l’histoire de la viticulture locale. De la même façon qu’ils ont exploité l’unique aspect positif de l’urbanisation galopante, les viticulteurs du cru ont retourné à leur avantage l’absence du moindre négociant dans la commune. Le négoce n’était pas implanté à Givry ? Il ne s’intéressait guère à ses vins ? Qu’à cela ne tienne. Les vignerons ont pris le parti de se débrouiller seuls. Ils ont décidé de vendre en bouteille, à une époque où cela n’était ni très courant ni très facile. Pour séduire les nouveaux consommateurs, ils avaient l’obligation de « faire bon ». La plupart ont réussi. Aujourd’hui, tout le monde à Givry fait de la bouteille. Les producteurs vendent en direct 70 % des vins de l’appellation, ce qui constitue un record absolu en Bourgogne !
Les rouges représentent, de loin, les plus gros volumes. On distingue, depuis les années quatre-vingt, deux écoles de vinification. La première fournit des givrys de facture traditionnelle, plutôt légers, fruités et faciles à boire, qui s’épanouissent dans les quatre ou cinq ans suivant la récolte. La deuxième, plus intéressante, produit des vins ambitieux, de robe sombre, de forte concentration, soutenus par un boisé important. Les frères Joblot, Vincent et Jean-Marc, sont les « phénomènes » de cette deuxième école. Leurs vins rouges d’une incroyable concentration trompent les meilleurs dégustateurs et démontrent tout le potentiel des terroirs de Givry.
L’appellation compte, depuis la dernière révision du cadastre viticole en 1997, une trentaine de premiers crus. Les plus réputés sont adossés à la falaise, juste derrière le village qu’ils surplombent en regardant le sud ou l’est.
Ce sont la Servoisine, le Cellier-aux-Moines, le Clos-Marolle, le Clos-Saint-Pierre, les Bois-Chevaux. On peut ajouter à cette liste d’excellence le Clos-Salomon, un monopole de sept hectares de vieille réputation, et le Clos-Jus, replanté en 1990. Les blancs ont gagné du terrain (11 ha en 1984, 36 en 1997), mais ils restent largement minoritaires. Les rouges sont en général à boire entre 5 et 10 ans, mais il existe beaucoup de remarquables exceptions ; certains 71 étaient encore fringants un quart de siècle après la vendange !
Givry (3 000 habitants) est un chef-lieu de canton animé, à seulement 9 km de Chalon. Les commerces y sont nombreux et variés. On peut admirer son église, œuvre d’Emiland Gauthey, voir une porte monumentale datée de 1771 et visiter la Halle Ronde. Ce curieux édifice accueille régulièrement des expositions artisanales... et des dégustations de vins.