Au siècle dernier, et pour des raisons administratives, Nuits-Saint-Georges s’est appelée un temps Nuits-Sous-Beaune. Cataclysme, tollé général dans les rues de la (petite) ville, les habitants de Nuits ont fini par gagner leur indépendance... Le différend sera définitivement tranché quelques décennies plus tard, en 1892 très exactement, quand Nuits obtiendra le droit (comme la plupart des communes viticoles de Côte-d’Or d’accoler le nom de son terroir le plus réputé, les Saint-Georges, au sien ; Nuits devint Nuits-Saint-Georges. Vues de loin, ces petites querelles intra-bourguignonnes peuvent sembler enfantines. Sans doute... N’en rajoutons pas trop, mais toujours est-il que cette rivalité reste une réalité, qui, bien que considérablement atténuée, rythme aujourd’hui encore le monde bipolaire côte-d’orien : à ma droite, Beaune " l’aristocratique ", à ma gauche, Nuits-Saint-Georges la " terrienne ".
Mais Nuits-Saint-Georges est surtout un grand (140 ha en premiers crus, 160 en village) et riche vignoble de vins rouges - le vin blanc y est anecdotique (3 ha) - situé essentiellement sur Nuits, évidemment, mais aussi sur Premeaux-Prissey, en direction du sud... de Beaune. Pour des raisons qui n’appartiennent qu’à l’histoire, Nuits compte une quarantaine de premiers crus, mais pas de grands crus. Et pourtant , deux d’entres-eux, au moins, mériteraient la distinction suprême : les Saint-Georges et les Vaucrains.
Les 7,50 ha des Saint-Georges se situent presque à mi-chemin entre Nuits et Premeaux. Le site est idéal : pente douce à mi-coteau, exposition à l’est, altitude entre 245 et 260 mètres, sol brun calcaire... Bref, le Saint-Georges a tout d’un grand. Ses vins possèdent cette fermeté, cette présence tannique, typique de beaucoup de vins Nuits-Saint-georges et qui impose de savoir les attendre ; mais une puissance équilibrée, dès les premières années, par une grande élégance. Les Vaucrains (6 ha) se trouvent juste au-dessus des Saint-Georges. La puissance sauvage est leur marque de fabrique, à laquelle il faut toujours du temps pour se fondre et s’arrondir.
La partie sud de l’appellation Nuits-Saint-Georges semble la plus fournie du village en premiers crus riches, complexes et " taillés " pour la garde. Citons les Porrets, Saint-Georges, les Chabœuf, les Cailles, les Didiers (monopole du domaine des Hospices de Nuits), le Clos-des-Corvées (monopole du domaine Prieuré-Roch), le Clos-des-Argillières, le Clos des Forêtes Saint-Georges et le Clos-Arlot -deux monoples du domaine de l’Arlot, le clos-Arlot étant planté pour moitié en blanc- aux Perdrix (monopole de commercialisation de la maison Antonin Rodet) et le Clos de la Maréchale (monopole de la maison Faiveley).
La partie nord du vignoble se trouve donc en prolongement direct du vignoble Vosne-Romanée. Le Nuits 1er cru les boudots borde la Vosne-Romanée 1er cru les Malconsorts. Le terroir des Boudots bénéficie d’un très fort potentiel, là aussi dans doute tout proche du niveau d’un grand cru. Quelques autres premiers curs de cette partie nord méritent d’être cités : la Richemone, aux Murgers, les Vignerondes, aux Chaignots, le Clos-de-Thorey (monopole de la maison Moillard-Grivot).
L’appellation village Nuits-Saint-Georges se divise également en deux secteurs, côté nord et côté sud. Il s’agit souvent de vins compacts, stricts, mais qui témoignent d’une belle stabilité au vieillissement. Attention toutefois à faire le bon choix... les superficies sont vastes, en village comme en premier cur d’ailleurs. Les prix des vins de Nuits sont dans la moyenne de ceux de la côte de Nuits.
Fait unique en Côte-d’Or, les vignerons de Nuits ont lancé, voici quelques années, un petit document de présentation du vignoble, dans lequel une fiche synthétique décrit en détail chaque terroir (exposition, superficie...),.
Ce document est en vente à l’office du tourisme de Nuits-Saint-Georges.
Village " complet ", Nuits-Saint-Georges possède également une longue tradition dans l’élaboration des vins effervescents. Les " bulles " ont été peu à peu évincées de la place par les vins tranquilles, mais quelques maisons perpétuent la tradition : Moingeon, qui se baptise " la maison du crémant ", et Boisset, qui a même investi, à Nuits-Saint-Georges, dans un site spécial pour la production des vins effervescents.