« Coincé » entre Gevrey-Chambertin au nord, et Chambolle-Musigny au sud, le petit (130 ha environ) vignoble de Morey-Saint-Denis a toujours eu beaucoup de mal à se faire entendre.
Il est pourtant l’un des plus « fournis » de Côte-d’Or en grands crus, avec quatre d’entre eux, portant par ailleurs le qualificatif de clos, ce qui atteste de leur très ancienne implantation : clos-saint-denis, clos-de-la-roche, clos-des-lambrays et clos-de-tart. Morey possède aussi une petite partie des bonnes-mares. Les vins de Morey sont bien de la côte de Nuits.
Les meilleures cuvées savent allier des robes profondes, des arômes denses de fruits noirs, de violette et d’épices, à des textures puissantes et charnues. Les années apportent des arômes de fruits plus mûrs, de cuir, de truffe, de sous-bois et un surcroît d’élégance.
Comme toujours dans la côte de Nuits, une combe façonne le vignoble. Morey répartit ses grands crus de chaque côté de la combe. Au nord du finage, clos de la roche et clos-saint-debnis, au sud, clos-des-lambrays, clos-de-tart et bonnes-mares.
Le clos de la roche, qui, comme son nom l’indique, est sur la roche calcaire, enfante souvent des vins très parfumés, typés par la cerise et la griotte dans leur jeunesse. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, ce climat s’étendait sur 4,57 hectares. Avec la loi sur les appellations d’origine du 8 décembre 1936, le clos passera généreusement à 15,35 hectares, plusieurs lieux-dits se voyant alors octroyer le nom de ce grand cru. Les Genavrières, enclavées entre le clos-saint-denis et le clos-de-la-roche, seront également reclassées, en 1971, ce qui porte la superficie totale à 16,90 hectares. En passant de 4,57 à près de 17 ha (16 aujourd’hui en production), le clos a perdu son homogénéité.
Le clos-saint-denis a également pris du " poids " au fil des siècles. Le clos historique couvre 2,14 hectares. Il s’étend sur 6,62 hectares (6,20 en production) aujourd’hui. Le bas du coteau est formé de sols bruns calcaires, sans beaucoup de cailloux, où les argiles confèrent richesse, complexité et longue garde. Beaucoup de structure donc pour ce grand cru, mais avec peut-être plus de finesse que son voisin.
Au sud de la combe se trouve le clos-des-lambrays. Sa physionomie actuelle de quasi-monopole (8,20 hectares en production) date du XIXe siècle. Le clos-des-lambrays est devenu grand cru en 1981. Les sols marneux qui dominent dans le haut du clos favorisent la finesse, tandis que les sols du bas, plus argilo-calcaires, confèrent puissance et charpente. L’assemblage de ces caractères assure l’harmonie et l’aptitude naturelle au vieillissement. Rare en Bourgogne, une politique de Château, à la Bordelaise, est conduite ici. On ne retient que le meilleur pour le " label " clos-des-lambrays ; le reste est vendu en morey-saint-denis 1er cru. Le clos appartient depuis 1996 à un industriel allemand.
Le clos-de-tart (7,50 hectares délimités et en production) appartient à la famille Mommessin. Beaucoup plus restrictive que la notion actuelle de grand cru, celle de Tête de Cuvée, au XIXe siècle, n’était attribuée qu’avec parcimonie. A Morey, seul le clos-de-tart était considéré comme tel. Les beaux millésimes du clos (1990, 1986, 1985) ont produit des vins de grande garde, assis sur une texture puissante, et d’une superbe persistance. Sylvain Pitiot, un nouveau et très prometteur régisseur, est aux commandes depuis peu. A suivre...
Enfin, une petite partie (1,50 ha sur les 15 de l’appellation) du grand cru bonnes-mares se trouve sur Morey. Partie possédée d’ailleurs par un domaine installé à Marsannay-la-Côte : Fougeray-de-Beauclair. Les bonnes-mares sont pleins de puissance, de virilité même dans les premières années et ne se découvrent qu’après 5 à 10 ans au moins.
Dix-sept premiers crus sont répertoriés à Morey-Saint-Denis. Tous ces climats ne sont cependant pas revendiqués, tant certains sont trop petits (Clos-Baulet, aux Chézeaux, les Blanchards, le Village) et morcelés. Les Millandes sont les plus corsés, d’excellente garde. Les vins du climat aux Charmes sont beaucoup plus fins et se livrent plus facilement. La Bussière, côté Chambolle, donne des vins très équilibrés, moelleux et floraux. Au sein de ce dernier climat se trouve le Clos de la Bussière, propriété de Christophe Roumier, de Chambolle-Musigny. Autre premier cru bien typé, les Sorbés. Citons enfin le Clos-des-Ormes, dont Georges Lignier possède la plus grande partie.
L’appellation village morey-saint-denis court jusqu’en dessous (à l’est) de la route nationale 74 Dijon-Beaune... beaucoup trop loin d’ailleurs !
L’autre partie de l’appellation est délimitée au-dessus des grands crus et des premiers crus. Des noms de climats figurent parfois sur les étiquettes - en la Rue de Vergy, les Millandes... -, mais la plupart des vins vendus en AOC morey-saint-denis sont issus d’assemblages de parcelles. On trouve donc tous les styles ?
Fiche signalétique de Morey-Saint-Denis
- Superficie en production
- Production annuelle
Les blancs de Morey
La côte de Nuits est le paradis des vins rouges issus du cépage pinot noir et les vins blancs y sont rares. Il en existe pourtant quelques-uns, excellents, à Morey-Saint-Denis ! Les blancs de Morey sont différents de ceux de la côte de beaune, qui allient si bien le moelleux, le gras, et le sec. Les moreys blancs sont généralement un peu plus secs, en raison du terroir et de leur position 40 km au nord des blancs de meursault ou de puligny-montrachet. Le plus célèbre des vins blancs de Morey-Saint-Denis est le premier cru Monts-Luisants, de Jean-Marie Ponsot. A découvrir aussi, le morey blanc du domaine Dujac.