Gevrey-Chambertin (vins rouges à 100 %) est le plus vaste vignoble de la côte de Nuits - avec environ 330 hectares d’appellation village, 75 de premiers crus et près de 90 en grands crus -, l’un des plus célèbres de Bourgogne également et ce de longue date. On sais que la facilité engendre parfois la médiocrité, et Gevrey-Chambertin a pu vérifier la maxime. Ainsi, pendant les fastes décennies 70 et 80, qualité et commerce ont suivi des courbes diamétralement opposées... à la baisse pour la qualité, à la hausse pour le commerce. Pendant ces « années noires », quelques-uns ont toutefois maintenu, au plus fort de la tempête, le bon cap qualitatif, continuant, comme Joseph Roty, de prôner un véritable travail de la vigne : « Il ne faut jamais oublier que la vigne doit souffrir pour donner les meilleurs raisins. Elle doit aller chercher profondément ce dont elle a besoin et, pour ce faire, engrais et potasse sont à bannir. Il faut tailler court et de façon à ce que le pied ne pousse pas trop en surface. Il faut labourer la vigne pour que les racines s’enfoncent, ne prolifèrent pas en surface. Par-dessus tout, il faut conserver les vieilles vignes. Elles commencent à être intéressantes à la quarantaine, or beaucoup les arrachent à cet âge. « Tout est dit ou presque... Nous rajouterons juste, mais cela va de soi, la nécessité absolue de produire de petits rendements ».
Depuis quelques années, le flambeau semble avoir été repris par une génération de jeunes viticulteurs soucieux de redonner à l’appellation son lustre qualitatif d’antan. Citons les Jean-Louis Trapet, Sylvie Esmonin, Alain Burguet, Denis Mortet et son frère Thierry, Gérard Harmand, Pierre Damoy, Bernard et Claude Dugat, Philippe Charlopin, etc.
Les terroirs, parlons-en justement, parce qu’ils sont vraiment capables de grandes choses quand l’homme sait s’y prendre. Gevrey est d’abord le village le plus titré en grands crus de la côte de Nuits : neuf au total. Les deux plus célèbres sont le chambertin (14,10 ha) et le chambertin clos-de-bèze (15,40 ha). Ce sont là des vins capables de conjuguer la plus solide des structures à une très grande finesse d’expression, l’équilibre idéal, généralement obtenu après au moins une dizaines d’années de vieillissement en bouteille. Les autres grands crus ont pour noms : chapelle-chambertin (5,50 ha), griotte-chambertin (2,70 ha), latricières-chambertin (7,50 ha), mazis-chambertin (9 ha), ruchottes-chambertin (3,50 ha) et mazoyères ou charmes-chambertin (31 ha), qui peuvent être unifiés sous le nom de charmes. Avec un peu moins de 90 hectares, Gevrey possède donc la deuxième plus vaste superficie en grands crus rouges de Bourgogne après le corton. Autant dire que la multiplicité des producteurs (excemples : 55 parcelles sont recensées dans le chambertin et une quarantaine dans le chambertin clos-de-bèze) engendre une très grande hétérogénéité qualitative. Prudence dans vos choix, surtout à de tels niveaux de prix !
Quelques premiers crus bordent les grands crus et atteignent des niveaux qualitatifs très proches : Clos-Prieur, Fonteny, Champonnet, aux Combottes, Petite-Chapelle. Mais les premiers crus les plus intéressants se situent dans la fameuse côte Saint-Jacques, un superbe coteau exposé au sud-sud-est et situé à droite à la sortie de Gevrey, le long de la petite route qui monte au village de Chambœuf. Les meilleurs terroirs se nomment : Clos-Saint-Jacques, Lavaux-Saint-Jacques, Cazetiers, Combe aux Moines et Champeaux.
Enfin, l’appellation gevrey-chambertin village s’étend sur deux communes, Gevrey, bien sûr, et Brochon. On observe depuis quelques années une tendance des vignerons à commercialiser les « simples » gevreys AOC village accompagnés du nom de leurs terroirs. Globalement, les gevreys les plus structurés proviennent des « climats » situés dans les bas de la côte Saint- Jacques - au Vellé, en Champs, Evocelles, en Motrôt... - et au nord de cette côte, sur Brochon. Mais l’appellation gevrey village descend beaucoup plus bas - trop bas ? - à l’est de la RN 74 (chose rare en Côte-d’Or), sur des sols plats, profonds et lourds, peu aptes à la production de grands vins. Les vignes y sont souvent jeunes, ce qui n’arrange rien... Cette partie basse du vignoble a en effet été durement touchée par le gel de l’hiver 1985. Des températures exceptionnelles pour la région de -20 à -25 °C, détruisant une bonne partie des pieds de vigne, que les vignerons ont dû remplacer.