Chambolle-Musigny
Il est comme cela des images qui collent à la peau de certaines appellations bourguignonnes. Ainsi, les pommards seraient-ils tous, toujours et chez tous les producteurs, puissants et rustiques et, à l’inverse, les chambolle-musigny, fins et élégants. Les choses ne sont, bien sûr, pas aussi figées que cela ! Les producteurs de l’appellation s’accordent pour reconnaître qu’il existe bien, à Chambolle-Musigny, un potentiel naturel pour produire des vins distingués, la réputation n’est quans même pas complètement basée sur rien, mais avec de grandes nuances.
La finesse et l’élégance se retrouvent vraiment à leur " sommet " dans deux terroirs situés au sud de la commune : le grand cru musigny (10.70 ha) et le premier cru les Amoureuses. Juste au-dessus des murs du clos-de-vougeot, le musigny expose ses flancs au sud-est, sur un terroir pentu et régulier. La terre est très mince, légère ; la charrue rencontre d’ailleurs vite la roche calcaire sous-jacente. Les bouteilles coûtent une petite fortune, mais le musigny est vraiment unique dans ce rapport, cette harmonie qu’il est capable d’offrir entre la subtilité, l’élégance, la " noblesse " et une grande richesse. Qu’on ne s’y trompe pas en effet, lélégance peut et doit se compléter d’une structure robuste et ample pour pleinement s’exprimer. La vraie finesse n’est jamais synonyme de légèreté ou de maigreur ; il suffit d’avoir, un jour, dégusté un grand musigny avec quelques années de bouteille derrière lui pour en être persuadé... A notre sens, le musigny est à " classer " au rang des plus grands vins rouges de Bourgogne, aux côtés des romanée-conti, richebourg, tâche et autre chambertin. Le domaine de Vogüe possède les 7/10 de la superficie totale du musigny. Décevant à la fin des années 80, le domaine a engagé depuis une vraie réforme interne et ses vins sont désormais régulièrement au meilleur niveau. Le domaine produit un peu de musigny blanc, un vin riche, opulent, mais sans la finesse des grands vins blancs de la côte de Beaune. Le musigny blanc est le seul vin blanc produit à Chambolle-Musigny ; c’est également le seul grand cru blanc de la côte de Nuits.
Juste en dessous du musigny, sur le même coteau, se trouve le premier cru (24 au total dans le village) le plus réputé de Chambolle : les Amoureuses. Le style est semblable à celui du musigny, mais avec juste un peu moins de densité, de profondeur... et de francs.
Quelques autres premiers crus de cette partie sud, mais aussi de la partie centrale du vignoble, s’expriment sur le même registre fin et élégant - les Borniques, les Chabiots, les Hauts-Dois, les Charmes, les Feusselottes, les Plantes, les Chatelots... - avec toutefois beaucoup moins de complexité que dans le musigny et les Amoureuses.
En remontant vers le nord du village, la nature des vins change et s’éloigne de l’image stéréotypée des vins de Chambolle. Le grand cru bonnes-mares (13.50 ha sur Chambolle-Musigny et 1.50 sur Morey-Saint-Denis) ne manque pas de sensualité, mais développe surtout un style corpulent, puissant, charpenté. Le temps permet d’arrondir les angles et avec l’âge un bonnes-mares " bien né " gagne en équilibre et en distinction. Les premiers crus situés à proximité sont généralement de la même veine : les Fuées, les Sentiers, les Baudes, les Lavrottes, aux Beaux-Bruns, les Noirots, etc.
L’A.O.C. village chambolle-musigny est bien à l’image de cette diversité. Les producteurs utilisent généralement peu les noms des terroirs pour leurs " simples " chambolles, mais préfèrent recourir à des assemblages entre les parcelles. Certaines, dans la partie supérieure du vignoble, produisent des vins fins, légers, aériens ; d’autres, dans la partie basse, des vins plus robustes, plus austères. L’assemblage apporte l’équilibre...
L’appellation chambolle-musigny est également l’une des plus réputée, mais aussi des plus convoitées de Bourgogne. Peu ou prou, tout le monde - vignerons extérieurs au village, négociants-éleveurs - veut du chambolle-musigny sur sa carte. Seulement, le vignoble ne couvre qu’une centaine d’hectares en A.O.C. village et cinquante environ en premiers crus, aussi il n’y en a pas assez pour tout le monde. Que se passe-t-il généralement quand la demande dépasse l’offre ? Les prix grimpent... C’est le cas à Chambolle où les cours des vignes, mais aussi des vins, en vrac ou en bouteilles, atteignent des niveaux records pour la côte de Nuits. Au prix du foncier à Chambolle, l’investissement nécessaire pour racheter une vigne est donc presque impossible à rentabiliser, à moins de vivre un siècle. Lors des successions, les domaines sont dispersés, effrités, disparaissent parfois et l’on arrive au paradoxe des paradoxes : Chambolle-Musigny, village mondialement connu des amateurs de vin, perd des vignerons. Incroyable, mais pourtant vrai ! En 1965, le village comptait plus de quarante vignerons ; il en reste une vingtaine aujourd’hui.
Fiche signalétique de Chambolle-Musigny
- Superficie en production
- Production annuelle
L’arbre et l’église
A quelques mètres l’un de l’autre, au centre du village de Chambolle-Musigny, un arbre et une église. L’arbre, un tilleul majestueux de plusieurs mètres de circonférence, aurait été planté au temps de Sully, surintendant du roi Henri IV (fin XVIe, début XVIIe siècle). Le tilleul continue de donner des fruits ; son " état de santé " est suivi par la commune.
Mis à part son clocher d’influence... franc-comtoise, l’église est du plus pur style gothique-bourguignon. Elle fut achevée en 1506. En 1539, des artistes, vraisemblablement des Flamands passés par l’école italienne, ont décoré le chœur de peintures murales représentant le paradis et la litanie des saints. Au début des années 90, des travaux de restauration viennent redonner aux personnages et aux scènes leurs couleurs d’origine. Le chœur et ses peintures sont classés par les monuments historiques depuis 1896. La cloche en bronze, datée de 1556, est également classée. A voir et à écouter, en flânant dans les rues de Chambolle après une dégustation...