La réglementation sur les appellations d’origine contrôlées distingue clairement les trois vignobles : Ladoix-Serrigny, Aloxe-Corton et Pernand-Vergelesses. Si nous avons choisi de les regrouper ainsi sous un seul chapitre, c’est parce que ces trois vignobles sont aujourd’hui réunis par un « fil conducteur », les 150 hectares du plus vaste ensemble de grands crus de Bourgogne, formé du corton (rouge) et du corton-charlemagne (blanc). Aloxe-Corton est le cœur historique de l’appellation, avec 110 des 150 hectares. Ladoix et Pernand comptent respectivement 22 et 17 hectares de grands crus, depuis la dernière extension des appellations en 1978. Sur ses 150 hectares, la « colline des cortons », c’est ainsi qu’on l’appelle, constitue une fantastique mosaïque. Le vieux terme bourguignon de « climat », notion englobant des facteurs aussi divers que l’exposition, la climatologie, la composition et le drainage du sol, l’altitude... revêt ici une importance plus grande que dans n’importe quel autre grand cru bourguignon.
Actuellement fonctionne sur la colline une classification basée sur un système de « passerelles » entre les terroirs, les appellations et les couleurs. Dans la réalité, les choses sont simples ; une partie de la colline - à cheval sur Aloxe-Corton et (vers l’ouest) Pernand-Vergelesses - est en fait consacrée presque exclusivement au corton-charlemagne, alors que l’autre partie, sur Aloxe-Corton et (vers le nord) Ladoix-Serrigny, est largement dominée par le corton rouge. Question de sols...
Qu’est-ce que le « climat » du corton-charlemagne ? Un coteau très raide, où l’altitude joue peu (60 mètres seulement entre la base et le sommet), et « tournant »... Aussi, un corton-charlemagne exposé presque au sud-est, au-dessus du village d’Aloxe, et un autre regardant le soleil couchant, sur le coteau de Pernand-Vergelesses, n’ont pas grand-chose en commun. Le premier voit le soleil plus longtemps et aura, en général, un style gras et charpenté, alors que le second sera plus minéral, plus vif, plus maigre aussi parfois... En plein cœur du corton-charlemagne se trouve le lieu-dit Charlemagne, qui occupe environ 34 des 50 hectares de l’appellation. Fait unique en Bourgogne, un domaine - Bonneau du Martray, à Pernand-Vergelesses - y possède une parcelle d’un seul tenant de 11 hectares.
Le coteau des cortons présente un aspect très différent de celui des corton-charlemagne. Il est à la fois plus long, plus doux et d’exposition beaucoup plus uniforme (sud/sud-est). Les grandes différences entre les différents vins des cortons résident donc dans les variations de température, mais aussi de compositions et d’épaisseurs des sols, entre le haut et le bas de l’appellation. Ces différences sont considérables : entre le climat, le Corton (370 mètres d’altitude), situé juste sous le bois qui coiffe la colline des cortons - sols minces, arides, propices à la production de vins fins et vifs -, et le climat des Maréchaudes (240 mètres) - sols lourds, épais, favorables à la production de vins puissants, mais un peu rustiques - qui borde les maisons de Ladoix-Serrigny. Entre les deux, toutes les nuances sont possibles...
On distingue généralement trois cortons rouges « majeurs » : Clos-du-Roi (10,72 hectares), Bressandes (17,41 ha) et Renardes (11,46 ha), tous situés sur Aloxe-Corton. Des grands vins sont également produits dans d’autres climats moins « cotés » (et moins chers) : le Rognet et Corton, les Perrières, les Grèves, etc. En théorie, le corton Clos du Roi est « très corton », dans l’image que se font généralement les gens de l’appellation, à savoir des vins riches, puissants, aux arômes sauvages, austères dans leur jeunesse. Les vins des Renardes, terroir situé à la même altitude et dans la continuité nord, sont proches de ceux du Clos du Roi. Juste en dessous sont délimités les Bressandes.
Un Bressandes est également complet, puissant, mais souvent un rien moins charpenté qu’un Clos du Roi et donc souvent plus agréable à déguster jeune.
Avec 150 hectares, une petite centaine de vinificateurs différents, la colline des cortons est donc d’une incroyable diversité.
Cette diversité est aussi, commercialement, une faiblesse. En effet, de gros volumes de vins, dans deux appellations seulement, combinés à une importante hétérogénéité qualitative empêchent les cours des cortons et corton-charlemagne de décoller. Les prix des très bons cortons et corton-charlemagne ne sont jamais très chers, par rapport à ceux des autres grands crus de Côte-d’Or ; en valeur absolue, c’est une autre histoire...
Les vignobles de Ladoix-Serrigny, Aloxe-Corton et Pernand-Vergelesses restent marqués par la présence de ces deux grands crus. Des premiers crus intéressants existent également dans chaque village. A Ladoix, commune de vins rouges à 85 %, citons les Mourottes, Bois-Roussot, les Joyeuses et la partie des Hautes et Basses-Mourottes non classée en grand cru.
L’appellation village offre quelques beaux ladoix, riches et élégants, cultivés sur des coteaux exposés au sud/sud-est. Aloxe-Corton (AOC rouge à 99 %) est non pas dominé, mais « écrasé » par ses grands crus. Ailleurs, rien de vraiment transcendant, si ce n’est quelques premiers crus : Clos du Chapitre, les Fournières, les Chaillots, les Valozières, etc.
Pernand-Vergelesses (AOC rouge aux 2/3) est l’archétype de l’appellation méconnue, qui recèle pourtant quelques petites merveilles dans ses villages, et surtout ses premiers crus à des prix reposants. Chez de bons producteurs, les premiers crus, rouges ou blancs, Vergelesses, Ile-des-Vergelesses, En-Caradeux, Creux de la Net, exposés au soleil levant, ne manqueront pas de vous étonner par leur richesse et leur profondeur.