Les chablis premiers crus se répartissent de chaque côté (on parle de rive droite et de rive gauche) du Serein, petite rivière qui, hormis en temps d’orage, suit calmement son cours. L’ensemble du vignoble des premiers crus est à l’image du Chablisien. Les terroirs sont vastes (plusieurs dizaines d’hectares), éloignés les uns des autres, et les producteurs, nombreux.
La classification des premiers crus de Chablis remonte à la création de l’INAO, au milieu des années trente. Auparavant, les vins s’étageaient sur trois niveaux : chablis grand cru, grand chablis et chablis, grand chablis est devenu chablis premier cru.
Le développement des premiers crus a été rendu possible par le reclassement de 400 ha, en 1974, mais aussi par l’apparition, dans les années 60, puis l’extension des moyens de protection contre le sel. La surface protégée en premier cru dépasse aujourd’hui les 500 hectares, sur un total de 750.
Les chablis premiers crus sont au nombre de... 73. Depuis la fin des années 60, les producteurs et négociants ont toutefois la possibilité de remplacer le nom de certains d’entre eux par le nom d’un premier cru voisin plus connu. dix-sept (cf. encadré) de ces 73 premiers crus peuvent donc servir de refuge, de « porte-drapeau » pour les autres. Ce sont également ces 17 que l’on retrouve le plus souvent sur les étiquettes. Cette politique du « porte-drapeau » a sans doute considérablement facilité les choses au plan commercial pour les producteurs. Pour ce qui est de l’homogénéité des terroirs, c’est une autre histoire... Le 1er cru Fourchaume couvre 30 à 35 hectares sur la rive droite. Si on lui ajoute ses 12 « poissons-pilotes », la surface passe à... 130 hectares ! Autre exemple, sur la rive gauche cette fois, deux terroirs, Châtains et Roncières, se font face. Malgré ces expositions fondamentalement différentes, tous deux ont droit au même « porte-drapeau » Vaillons (110 ha au total). Autant dire que si les différences sont sensibles d’un cru à l’autre, elles le sont tout autant au sein de chaque cru.
Sur la rive droite du Serein se trouvent les grands crus, ainsi que quelques-uns des premiers crus les plus connus : Fourchaume, Montée-de-Tonnerre et Mont-de-Milieu. Rive droite, le vignoble revêt l’aspect d’un très long et large coteau, d’exposition relativement uniforme (est/sud-est), où se succèdent grands et premiers crus, entrecoupés de brefs « passages » en chablis village.
L’aspect général de la rive gauche est différent, plus « tourmenté », dans le sens où les premiers crus y sont plutôt localisés par « îlots », séparés les uns des autres par les AOC chablis et petit-chablis. On trouve sur cette rive gauche les « îlots » des Montmains, Beauroy, Côte-de-Léchet, Vau-de-Vey, Vaillons, etc. Les expositions changent parfois radicalement entre les crus - plein est pour la Côte-de-Léchet, plein sud pour Beauroy - et parfois donc au sein même des crus (Vaillons).