Chablis et petit-chablis

Un cépage, le chardonnay, pour une couleur de vin, le blanc. Un seul nom sur toutes les étiquettes : Chablis. En appellation village chablis, les choses sont donc simples. Les vignerons auraient pu se battre pour obtenir des appellations communales, faire que chacune des vingt communes du Chablisien (cf. encadré), situées de part et d’autre de la rivière le Serein (qui traverse Chablis), puisse afficher son nom sur les étiquettes entre les deux mots appellation contrôlée. Sagesse et sens des affaires ont poussé les viticulteurs chablisiens à choisir la simplicité.

La sagesse, parce que les amateurs de vins ne se perdent pas dans la complexité du morcellement, de l’émiettement du vignoble... reproches habituels de la Bourgogne. Le sens des affaires, parce que pour communiquer, notamment sur les marchés d’exportation, rien de mieux que la simplicité d’un nom unique. Seulement voilà, l’appellation couvre près de 2 700 hectares d’expositions, d’altitudes, de sols même parfois, très différents. Sans parler de ceux qui les vinifient, les élèvent et les vendent. Comment, dans ces conditions, parler d’homogénéité pour les chablis ?

La plupart des chablis village sont vinifiés et élevés en cuve inox. Chez les meilleurs producteurs, un chablis est d’abord marqué par la vivacité et l’élégance, par des notes pures, d’une grande fraîcheur aromatique, iodées, citronnées et de pierre à fusil. La robe du vin est généralement nuancée de couleurs or vert. Il faut savoir que l’on trouve aussi des vins décharnés, agressifs, dilués, indignes d’un simple vin de table.

Le système à une seule appellation pour tout le monde, chablis, présente bien des avantages pour les producteurs, comme pour les consommateurs. Il n’est remis en question par personne, mais a ses limites, surtout quand la production atteint de tels volumes. Les producteurs commencent donc à l’aménager. Ils sont ainsi de plus en plus nombreux à rajouter sur leurs étiquettes des mentions " vieilles vignes ", " cuvée prestige ", ou des noms de lieux-dits pour se démarquer des autres. Signalons que ces mentions ne sont en aucun cas des garanties absolues de qualité.

L’appellation petit-chablis ne peut être produite que sur neuf communes (Beine, Béru, Chablis, la Chapelle-Vaupelteigne, Lignorelles, Maligny, Poilly-sur-Serein, Préhy et Villy). Elle s’étend sur la surface respectable de 475 ha. Les petits-chablis sont souvent situés sur les plateaux. On en trouve dans des endroits intéressants - en bordure de certains grands crus ou premiers crus - ou très communs, comme des fonds de vallées qui ne voient jamais, ou presque, le soleil. Un petit-chablis peut être frais, fruité, très agréable, mais il ne faut généralement pas en attendre des merveilles.

Cette appellation petit-chablis pose bien des problèmes. Les producteurs ont beau expliquer que le terme " petit " est à prendre au sens " joli ", les consommateurs l’interprètent eux au sens plus basique du terme : petit, qui manque de grandeur ! Quelques petits malins ont bien imaginé une solution très pratique : reclasser par un coup de baguette magique tout ou partie des petits-chablis en appellation chablis. Il suffisait d’y songer ! Espérons simplement que la raison l’emportera...

 

Les 20 communes du Chablisien

Beine, Béru, Chablis, Fyé, Milly, Poinchy, la Chapelle-Vaupelteigne, Chemilly-sur-Serein, Chichée, Collan, Courgis, Fleys, Fontenay, Lignorelles, Ligny-le-Chatel, Maligny, Poilly-sur-Serein, Préhy, Villy et Viviers.

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