Caves coopératives : cap sur l’export

Deux crises viticoles terribles, à la fin du XIXe siècle et dans les années vingt, ont fait naître le mouvement coopératif en Bourgogne. Aujourd’hui, trente pour cent des vins de Bourgogne sortent des caves coopératives. Un acteur important du tissu économique qui vise la case “export” pour assurer son développement.

Elle est loin l’image négative qui collait aux étiquettes des caves coopératives. Tout simplement parce qu’elles ont adopté, depuis plusieurs années, une autre politique qui permet de les considérer autrement que comme de simples producteurs de raisins ou de vins fournissant le négoce. Aujourd’hui, le vrac ne représente plus que 25 % de leur production et l’augmentation importante de la vente en bouteille témoigne des progrès enregistrés sur le plan commercial. “Le monde coopératif s’est donné les moyens de la dém a r c h e amont avec le suivi du vig n o b l e . Après cette démarche qualité, qui était essentielle pour notre avenir, nous avons développé nos structures de commercialisation, travaillé l’image marketing de nos différentes marques et soigné l’accueil des consommateurs dans nos caveaux de dégustation”, souligne Gérard Maître, le président des caves-coop Bourgogne- Jura. Les résultats de cette politique se sont concrétisés sur le terrain puisque le mouvement coopératif occupe 21 % de la superficie du vignoble bourguignon alors que sa production représente 30% du volume. Une évolution qui a surtout été sensible en Saône-et- Loire. Sans doute parce que cette région, mais plus particulièrement le Mâconnais, a connu plus de difficultés qu’ailleurs. “Filles de misère”, comme ont les a souvent qualifiées, les coopératives se sont toujours bâties là où les problèmes économiques avaient vu le jour. Pas étonnant que les coopérateurs se soient rassemblés derrière ce vieil adage : “l’union fait la force”. Il reste que la Saône-et- Loire, avec ses appellations régionales, demeure le porte-drapeau de la coopération bourguignonne. Avec 12 caves sur les 19 que compte la région viticole, elle couvre 70 % de la superficie, produit 75 % du volume, mais ne représente que 60 % du chiffre d’affaires. C’est l’Yonne, principalement avec la Chablisienne, qui a le meilleur rapport production/ prix, en raison de la valeur du chablis. La Côted’Or, avec sa seule cave coopérative (la Cave des Hautes-Côtes) fait, aujourd’hui, figure de parent pauvre alors que le mouvement était beaucoup plus important il y a une cinquantaine d’années. Les caves coopératives pèsent donc de tout leur poids dans la viticulture bourguignonne. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, si l’on en croit Gérard Maître. “Le développement de la vente à la bouteille n’est pas une fin en soi. Elle nous procure une forme d’indépendance. Mais devant le marché traditionnel français, qui est plutôt orienté à la baisse, nous devons mettre en place d’autres outils pour gagner de nouveaux marchés à l’export”. Un secteur où la marge de progression est importante puisque la part à l’exportation ne représente qu’un tiers du chiffre d’affaires des caves. Sauf pour l’Yonne, où l’export dépasse la barre des 50 %. Pour se donner les meilleures chances de réussir, les coopératives mutualisent leurs moyens en effectuant des regroupements. C’est le cas avec Blason de Bourgogne (voir encadré), une véritable force de frappe commerciale, mais aussi avec Vincent de Vignaud, à Vinzelles, un GIE plus modeste mais animé par les mêmes objectifs. “Personne n’y perd son âme, chacun gardant son identité et sa politique”, précise le patron du mouvement. Trop dépendantes des marchés anglais et américains, qui supportent mal la disparité monétaire, les caves coopératives ciblent désormais une clientèle plus lointaine, qu’il s’agisse de l’Europe de l’Est ou des pays asiatiques. C’est la suite logique d’une politique cohérente menée depuis plusieurs années. Une politique qui porte ses fruits et fait du monde coopératif un acteur important de l’économie viticole bourguignonne. Quelque 1 800 vigneronsexploitants en vivent et ils ont conscience de s’en sortir peut-être mieux que certains de leurs collègues indépendants. Leur fierté c’est aussi leurs terroirs et ces appellations qu’ils portent à bout de bras comme montagny, saint-véran et autre viré-clessé. Bref, la tendance est au beau fixe, même si quelques nuages parsèment encore le ciel bourguignon.

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