Le vigneron est à l’image même de la Bourgogne viticole. Il travaille la vigne, vinifie les raisins, élève les vins et commercialise ses bouteilles. Il est omniprésent. Pour l’amateur, il incarne le vin. Hors du vigneron point de salut. Mais au-delà de cette image emblématique, le vigneron de Bourgogne n’est pas unique.
Les meilleurs sont de véritables stars. Ils vendent des vins aux Etats-Unis, au Japon, etc. Mais plutôt que de vendre, ils divisent leur récolte par le nombre de clients. Leurs vins sont rares et chers, très chers. Les années quatre-vingt et la mondialisation du commerce du vin les ont consacrés. Ils sont essentiellement en Côte-d’Or et possèdent les meilleurs terroirs. Ils s’appellent Domaine de la romanée-conti, Dominique Lafon, Henri Jayer, Coche-Dury, ou encore Domaine Leflaive. Ils sont l’archétype du domaine bourguignon, glorifiant ce découpage, ce morcellement de la côte en si petites parcelles. Ils sont à la pointe des innovations qui, parfois, peuvent être -paradoxe- de judicieux retours en arrière. Ainsi, depuis quelques 10 ans, le " tout " œnologie est révolu.
Les vignerons regardent d’abord la qualité du raisin et donc des sols bourguignons.
Les courtiers sont les intermédiaires entre les vignerons et les négociants.
Les maisons de négoce commercialisent plus des deux tiers des vins de Bourgogne.
Les caves-coopératives regroupent 3 800 adhérents et produisent un tiers des vins de Bourgogne.
Ces domaines ont souvent été les premiers à se tourner vers une culture plus respectueuse de l’environnement, parfois même biologique. Ces domaines phares sont peu nombreux. Quelques dizaines. Mais ils véhiculent largement l’image de la Bourgogne, donnent le ton des 3 500 domaines bourguignons. Trois mille cinq cent domaines qui pèsent d’un poids considérable ! Mais l’offre est incroyablement morcelée. Certains domaines proposent plus d’une dizaine de vins différents, par le " jeu " des couleurs, des appellations et des crus. Les amateurs y trouvent leur compte, les réseaux de distribution beaucoup moins... Résultat : dans chaque village, seuls quelques domaines, plus importants par la taille et la réputation, peuvent commercialiser des quantités significatives de bouteilles sous leur nom. Les autres vendent la plus grande partie de leur récolte en vrac, auprès du négoce-éleveur, et commercialisent eux-même le solde, en bouteilles. Ainsi, les vignerons qui produisent 70 % des vins de Bourgogne n’en commercialisent guère aujourd’hui que 10 à 15 % en direct. Ce pourcentage a grandement augmenté au cours des vingt dernières années.
Mais le paysage économique se redessine. Pour mieux vendre, aborder des marchés requérant des volumes importants, les vignerons, pourtant si individualistes, se regroupent pour peser plus lourd face à la grande distribution et financer une structure commerciale. Certains domaines, qui ne peuvent satisfaire la demande en vin de leurs clients, développent même... une activité de négoce.
Mais il est aussi des domaines qui, derrière l’opulence bourguignonne, mais essentiellement côte-d’orienne, ont du mal à vivre. Souvent, ces domaines n’exploitent que des appellations régionales. Des appellations avec des coûts de production importants, donc avec des prix de vente à la bouteille relativement élevés et dont la qualité n’est pas toujours à la hauteur.
Résultat : des vins qui ont du mal à trouver place sur des marchés où ils sont concurrencés par des appellations régionales, voire par des vins d’autres régions.