En 1860, le classement du Comité d’agriculture de l’arrondissement de Beaune et de viticulture de Côte-d’Or parle de première, deuxième et troisième classe. Ce classement recèle également des surprises. Ainsi, une bonne partie du grand cru bâtard-montrachet, à Puligny, est classée par le Comité d’agriculture en... deuxième classe. Une petite partie de ce grand cru est même en troisième classe.
A Gevrey-Chambertin, seuls le chambertin et le clos-de-bèze trouvent grâce aux yeux du comité. Les autres grands crus actuels sont simplement des « deuxièmes classes », voire même des « troisièmes classes ». Pour simplifier, disons qu’au jour de la création des AOC, en 1935, certains représentants de villages se sont montrés plus efficaces et/ou perspicaces que d’autres...
Les jugements de tribunaux ont aussi leur part dans la constitution des appellations. Entre 1919 et 1935, ils ont régulièrement arbitré des litiges entre propriétaires pour usurpations de noms, classant de fait des parcelles délimitées. En 1921, le tribunal de Beaune a annulé des déclarations de récolte 1919 et interdit définitivement à « quiconque de faire usage de l’appellation montrachet pour des vins provenant soit des bâtard-montrachet, des chevalier-montrachet, des Pucelles soit d’autres lieux non compris dans la région connue sous le nom de grand-montrachet, vrai-montrachet ou montrachet ».
Tout serait donc simple. Pour comprendre la Bourgogne du vin, il suffirait de connaître quelques règles. Mais les Bourguignons aiment compliquer les choses. Chaque règle a son exception. Alors, la Bourgogne devient complexe, comme pour ne se livrer qu’à celui qui cherchera véritablement à la connaître. Ainsi, la règle veut qu’il n’y ait pas en Bourgogne d’assemblages de cépages. Sauf pour l’AOC passe-tout-grain, dont les vins sont issus d’un assemblage d’un tiers de pinot noir et de deux tiers de gamay.
Les règles qui veulent que les vins rouges soient issus du pinot et les vins blancs du chardonnay sont justes... sauf pour les mâcons, le bouzeron ou encore le sauvignon de Saint-Bris. Les mâcons rouges sont le plus souvent issus du gamay. Le bourgogne aligoté de Bouzeron, devenu AOC communale bouzeron fin 1997, est issu du cépage aligoté tout comme le bourgogne aligoté. Plus curieux encore est le vin blanc de l’AOVDQS (Appellation d’origine vin de qualité supérieure, sauvignon de Saint-Bris, dans l’Yonne, issu du cépage sauvignon. Autre exemple qui montre l’attrait bourguignon pour la complexité : à Morey-Saint-Denis, un premier cru s’appelle... le Village !