Vougeot, Clos de Vougeot : mythique !

La seule évocation de son nom fait rêver… Une petite surface -cinquante hectares-, une multitude de propriétaires -quatre-vingts-, des vins magnifiques, une histoire vieille de plus de 900 ans… Le Clos de Vougeot résume magnifiquement la Bourgogne et ses vins.

Parler du Clos de Vougeot c’est d’abord parler d’une histoire. Ces 50 hectares d’un seul tenant aujourd’- hui se réduisaient, dans les premières années du XIIe siècle, essentiellement à des friches et à quelques portions de vignes appartenant à la Maison des sieurs de Vergy. Dans ce siècle d’entreprise, où trône l’exemple de la piété, de la vie pauvre et laborieuse des religieux, les classes privilégiées ne restent pas de marbre. Dans leur largesse, elles lèguent des terres à l’Ordre de Saint- B e r n a r d . Ainsi, vers 1110, Hugues dit le Blanc, chevalier de Vergy, donne une vigne ; Thiébaut, de Magnylès- Villers, y joint une autre parcelle, suivie bientôt par une parcelle d’un autre seigneur de Vergy, Walo Gile, où est bâti le cellier. Le champ dit de Gengulphe, situé au bas du précédent, est abandonné par Hugues le Vert, Eudes le Gras et leurs familles. De dotation en dotation, le clos se constitue. Dans son histoire et statistique de la vigne et des grands vins de la Côte-d’Or, en 1831, le docteur Lavalle démontre que le clos se limitait au sud par la rue Morlent, à l’est par la route de Beaune, et à l’ouest sur le chemin de Vosne à Chambolle. Au nord, il semblerait que les moines n’aient pas dépassé le chemin qui menait aux carrières. Les vignes du Clos de Vougeot s’enracinent dans le passé et s’épanouissent au présent pour offrir les vins de l’avenir. Au Moyen Âge, ce sont des frères convers, dirigés par le maître du cellier, et aidés par des vignerons ouvriers des alentours, qui les cultivent. On les représente travaillant des vignes beaucoup plus hautes qu’eux : celles-ci ne sont pas rognées. Elles sont cependant taillées vers le mois de février, tâche suivie d’un labour profond, réalisé de bas en haut du clos. Puis, à la mi-juin et après la moisson, les moines blancs procèdent à deux labours moins profonds de haut en bas de la parcelle. Au mois de mars, le greffage suit deux objectifs : remplacer le raisin blanc par du rouge où ce dernier domine et faire disparaitre les mauvais ceps disséminés dans le clos. Ce n’est qu’à partir du XVIIe siècle que les vins issus de ce terroir sont classés sous la dénomination “Clos Vougeot”. En 2008, ce grand cru, emblématique de la côte de Nuits, et entièrement planté sur la commune de Vougeot, se décline résolument au pluriel. D’abord en raison de son morcellement, qui fait de lui une sorte de “caricature” de la Bourgogne. Plus de quatre-vingts propriétaires se partagent ses cinquante hectares, et les vins sont vendus sous approximativement soixante dix étiquettes différentes… Les choses se compliquent si l’on parle de terroir. Les parcelles au-dessus du château sont différentes de celles du bas. Ce n’est pas l’altitude ni la pente qui forme les différentes expressions que l’on peut trouver dans le clos, mais bien le sol ou plutôt les sols. Le clos se divise en fait en trois bandes de terrains bien distinctes. Le haut, qui jouxte les musigny, s’appuie sur un sol fait d’argile et de graviers bruns. Dans le milieu, le sol se modifie et les chailles disparaissent peu à peu pour laisser place à l’argile. Enfin, le bas est fait d’un sol argileux plus compact. Et le “reste” du vignoble de Vougeot ? Malgré sa taille minuscule, moins de 15 hectares, il vaut assurément beaucoup mieux que l’anonymat dans lequel le plonge l’omniprésent grand cru du village. En rouge, le Clos de la Perrière, monopole du domaine Bertagna est de la race des plus grands, alors que les Cras et les Petits Vougeots proposent également, chez les bons producteurs, de belles bouteilles. Le Clos Blanc mérite toute votre attention. Ce monopole du domaine de la Vougeraie (propriété de la famille Boisset) fait partie de la famille très restreinte des premiers crus blancs de la côte de Nuits ; première raison de s’y intéresser. La seconde tient dans la qualité des vins, dans ce rapport unique entre le gras et un côté ferme, qui fait tout l’originalité des quelques grands vins blancs de la côte de Nuits. Aujourd’hui, l’époque où il était encore possible de se procurer des clos de vougeot à des prix relativement raisonnables (moins de 45 € la bouteille) semble bien finie. La rareté de l’offre combinée à une demande active ont fait grimper les tarifs.

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