Viré-Clessé, la dernière née

L’appellation Viré-Clessé, qui soufflait en 2008 ses 10 bougies, est située en Saôneet- Loire, au nord de la vaste zone de production des vins du mâconnais, entre Tournus et Mâcon. Elle ne produit que des vins blancs. Millésime de tous les extrêmes, 2006 a amplifié la tendance de viré-clessé à produire des vins riches et mûrs.

Jean Thévenet, vigneron au hameau de Quintaine à Clessé a fait école. Les vins très mûrs, issus de vendanges tardives et conservant des sucres résiduels lorsque l’année s’y prête, sont devenus l’une des marques de l’appellation. Le millésime 2006 a amplifié le phénomène, produisant des vins opulents, atteignant, sur certaines parcelles et chez certains vignerons, des niveaux de maturité record. Cela signifie-t-il que tous les viré-clessé correspondent à ce profil ? Evidemment non, même si 2006 reste un millésime tout à fait particulier. Aujourd’hui en bouteilles, les "Vendanges d’exception" de Jean-Pierre Michel gardent 75 grammes de sucres résiduels. Des flacons atypiques mais superbes… "Dans l’appellation, il y a des vignerons spécialistes des vendanges tardives qui recherchent les sucres résiduels, mais je n’en fait pas partie. Ce qui m’intéresse, c’est la maturité physiologique du raisin. En 2006, c’est l’année qui a fait le vin", affirme le vigneron. Reste que viré-clessé et plus particulièrement les vins produits sur Clessé bénéficient d’un micro-climat favorisant la richesse et l’opulence. L’appellation s’inspire aussi d’une tradition locale : les anciens récoltaient souvent les raisins levroutés (partiellement atteints de pourriture noble) ou passerillés. Les vignes, orientées plein est, regardent la Saône, dont elles ne sont éloignées que de deux ou trois kilomètres. Les températures sont plus élevées que dans l’arrière côte - jusqu’à 2 ou 3° de différence- et les brouillards sont plus fréquents, expliquant la présence de botrytis. Les climats des Chazelles, la Bongran, Châtaignier ou le Clos du Château de Besseuil produisent souvent des vins marqués par la surmaturité. Les terroirs situés sur Viré, plus en altitude et de nature un peu plus argileuse, sont à l’origine de cuvées plus classiques, qui mûrissent moins p r é c o cement. Mais dans un millésime comme 2006, il s’agit de nuances. Le coeur de l’appellation repose sur un socle calcaire de nature différente à Viré et Clessé, mais partout de qualité ; la situation idéale pour le chardonnay. Répartie sur 4 communes -Clessé, Viré, Laizé et Montbellet- l’A.O.C. viré-clessé est la récompense qui concrétise de nombreuses années d’efforts ; elle s’appuie aussi sur un terroir particulier. Les nombreux mouvements tectoniques de l’ère tertiaire ont découpé le plateau sédimentaire. L’affaissement du bassin bressan a fait basculer les différentes bandes vers l’est selon une inclinaison d’une vingtaine de degrés. La totalité de la couverture sédimentaire s’étage du Trias au Jurassique supérieur. Les sols sont conditionnés par des fonds d’argiles, de grès, de calcaires durs, de calcaires marneux plus ou moins argileux. Les alternances d’argiles et de calcaires sur lesquels agit l’érosion ont façonné, au fil du temps, les différents terroirs. C’est ainsi que sont apparus les marnes du lias et la base du Jurassique supérieur appelée Oxfordien. Le coeur de l’appellation repose donc aujourd’hui à mi-coteau (entre 250 et 300 m d’altitude) sur un socle calcaire d’excellente qualité propice à la culture du chardonnay. Exposées principalement à l’est, ces larges dépressions séparées de crêtes calcaires se composent principalement de calcaire à entroques du Bajocien sur le village de Viré et de calcaire de l’Oxfordien sur la commune de Clessé. Quelques gorges transversales qui recoupent les crêtes donnent lieu à des terroirs exposés plein sud. La délimitation a été assez restrictive grâce à une étude lieu-dit. Peu de dérapages sont donc à noter. Toutefois, il faudra prendre garde à ne pas classer, dans le cadre de l’extension de l’appellation, les terres humides et alluviales de bas de coteau en direction de la plaine de la Saône. Souvent sujet à polémique, il est cependant intéressant de noter les nombreux brouillards que forme la Saône au début de l’automne. Ceux-ci favorisent sur certaines parcelles de vignes le développement du champignon Botrytis Cinerea. On obtient alors une concentration des baies en sucre, aux dépends de l’eau contenue dans le fruit. Certains viticulteurs en ont fait leur fleuron, d’autres pensent que l’avenir de l’appellation passe seulement par des vins contenant moins de 3 grammes de sucres résiduels.

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