Meursault, une valeur sûre

Meursault blanc ou meursault rouge ? Les deux ! Car à Meursault, le chardonnay fait des merveilles mais le pinot s’exprime également. La géologie explique les couleurs. Reste que meursault demeure la quintessence du vin blanc de Bourgogne. Au-delà des millésimes et des mouvements de prix.

La scène est célèbre. Des flammes s’élèvent de l’hôtel de ville de Meursault, aux tuiles polychromes. De la cour s’échappe une carriole tirée par des chevaux et conduite par une religieuse énergique. Sur cette charrette, des tonneaux. Des soldats allemands tentent de poursuivre le fol équipage. Peine perdue. Les pneus de leurs véhicules sont crevés. La religieuse est infirmière à l’hôtel-Dieu de Beaune. Dans les tonneaux, deux acteurs : Louis de Funès et Bourvil. La scène est extraite de l’un des plus grand succès du cinéma français, la Grande Vadrouille. Et bien évidemment, avant leur évasion spectaculaire, les deux acteurs, accompagnés d’aviateurs anglais prisonniers des Allemands, boivent du vin de Meursault. Blanc ou rouge ? Le film ne le dit pas. Car le vignoble de Meursault produit vins blancs et vins rouges. Indifféremment ? Pas tout à fait. Les vins blancs ont fait la réputation du vignoble : meursault premiers crus perrières, charmes, genevrières ou goutte-d’or. Mais chaque parcelle pourrait être plantée de pinot noir et produire des vins rouges. Il est vrai que les vins rouges les plus fameux produits à Meursault s’appellent volnay-santenots ou encore blagny. Mais aucun vignoble n’offre des vins blancs qui ressemblent au Meursault. Leurs qualités organoleptiques se déclinent avec un génial paradoxe. Les vins allient sec et gras avec une note minérale très discrète. À Meursault, cette minéralité -sensible dans les autres vins blancs de Bourgogne comme le Corton Charlemagne et le Chablis-, s’efface au profit d’un bouquet capiteux, sensuel et envoûtant, à nul autre pareil ! Le dégustateur discerne des arômes d’amande amère ou sèche, de feuillages et de pomme reinette. En bouche, c’est une belle structure qui domine, avec cette sensation de grande consistance qui se traduit par une onctuosité extrême et une grande persistance. Les vins blancs trouvent leurs terroirs de prédilection au sud du village. Les vins sont d’une finesse et d’un parfum éclatants. Leur potentiel de garde est de trente à quarante ans, bien plus encore pour les millésimes exceptionnels. “Après les vrais montrachet, je ne connais aucun vin blanc plus exquis”, écrivait le Docteur Lavalle dans son Histoire de la vigne et des vins de Côte-d’Or en 1855. Au nord, ce sont les rouges qui s’affirment avec, notamment, les volnaysantenots, des parcelles qui se situent dans le prolongement du vignoble de Volnay. Les vins sont fins et élégants. La géologie l’explique. D’Aloxe-Corton au nord de Meursault, des terrains du jurassique moyen offrent des marnes au cépage chardonnay. Reste que si les terroirs du sud de Meursault sont propices au chardonnay, ils savent jouer sur des registres très différents. Calcaire caverneux dolomité, marnes rouges très coquillères, etc. À tel point que beaucoup de bouteilles de meursault village affichent le nom d’une parcelle. Le Clos du Cromin est très élégant, tout en finesse ; les Tillets ont plus de matière, une robe soutenue ; les Clous sont sensiblement plus lourds, mais ont un grand potentiel d’avenir qui leur permet de gagner en élégance avec le temps ; les Casse-Tête sont très complexes, beaucoup plus virulents que les autres, avec des notes épicées mais qui restent, cependant très délicates. Les meilleurs vins du finage, classés en premier cru, sont issus de climats orientés au levant, en haut de pente, sur des sols minces, au contact de couches calcaires épaisses. La pente est sensible en haut pour devenir plus douce ensuite et descendre assez bas avec des sols de plus en plus limoneux et de plus en plus profonds. Cette richesse de terroirs se décline de la meilleure façon avec les premiers crus. Gras, opulents, beurrés, généreux et riches. L’image même des meursault est donnée par les charmes, les genevrières-dessus, situés à mi-coteau, près de Puligny- Montrachet, ou encore les gouttes-d’or, un peu plus au nord. Les perrières, premier cru placé plus haut et séparé des précédents par un étroit chemin, jouent davantage la minéralité, avec un rapport optimal entre matière et finesse. Au XIXe siècle, cette parcelle était même classée au même niveau qualitatif que les bâtards- montrachet et les corton blancs. Tous ces éléments font de Meursault une appellation incontournable pour l’amateur de vins blancs.