Grande appellation de la côte de Nuits, par la taille comme par la renommée, Gevrey-Chambertin se singularise par une large diversité des terroirs. Climat septentrional, combes et géologie ont façonné le vignoble qui, depuis de nombreuses années maintenant, est au rendez-vous de la qualité.
Il est heureux qu’en Bourgogne on parle de "climat" pour désigner les parcelles où se nichent les vignes. En effet, le terme de terroir renvoie autant au climat qu’à la géologie. A Gevrey sont rassemblés les ingrédients qui font les grands terroirs. L’ensoleillement est bon, les cigales chantent dans le chambertin, la pluviométrie aussi. A la limite des influences continentales et maritimes, on obtient des méso et des microclimats étonnants. Il suffit de se promener dans les vignes pour les ressentir. L’altitude est idéale, 220 à 350 mètres. Le drainage se fait naturellement. La nappe phréatique est bien répartie et a son importance avec les oligo-éléments qu’elle apporte. Enfin la géologie, à la base de la typicité, est d’une complexité désarmante à Gevrey. Une ondulation dans la couche sédimentaire va personnaliser le terroir de manière significative. Tout se complique encore avec la combe de Lavaux, la plus vaste de la côte de Nuits. Cette combe compose un formidable cône de déjection qui prolonge le vignoble vers la plaine. Trois grands types de sols dominent à Gevrey et constituent des "repères" simples. Les sols bruns calcaires sont le paradis des grands crus et des premiers crus. Les sols bruns calciques (moins de calcaire) sont le berceau de l’appellation village gevrey-chambertin. Les sols bruns hydromorphes (beaucoup d’argile) enfantent l’appellation régionale bourgogne. Pour prendre toute la dimension du vignoble de Gevrey-Chambertin, il convient d’emprunter la route qui mène à la combe de Lavaux et de grimper jusqu’à l’aire de stationnement installée au pied de l’éperon rocheux de Chamboeuf. On comprend alors la force de la nature qui, par ses eaux de ruissellement, a sculpté la montagne, dénudant ces imposantes falaises de calcaire jurassique. La combe est fraîche. Il peut y geler tous les mois de l’année, sauf au mois d’août, dit-on ! Puis, on redescendra ensuite tranquillement et, après de nombreux lacets, la vigne surgira brusquement avec, comme récompense, une entrée de plain pied dans ce vignoble sculpté autour de sa combe pour accueillir exclusivement le pinot noir. Car il n’y a que des vins rouges à Gevrey ! A gauche, en descendant de la combe, ce sont les "larreys chauds" exposés au sud et tournant progressivement à l’est. Ils ouvrent la célèbre "côte Saint- Jacques" où prospèrent les premiers crus les plus célèbres. La Bossière est très marquée par les frimats de la combe. Du coup, c’est dans les années chaudes et sèches que les vignerons obtiennent les meilleurs résultats, l’archétype du beau gevrey premier cru, avec une robe brillante, intense et un fruité exquis. Arrivent ensuite la Romanée et les Véroilles. Puis c’est Poissenots (les moines y avaient un vivier), Lavaut-Saint- Jacques, Estournelles- Saint-Jacques et le célèbre Clos-Saint-Jacques. Chez les meilleurs producteurs, "détail" essentiel, tous ces vins possèdent la finesse, l’élégance, mais sur une structure assurée. C’est l’élégance aérienne ! Plus que la géologie, c’est peut-être leur exposition qui est la clé de leur chair tendre au soyeux si évident. Et puis arrivent les Cazetiers. On change d’exposition, pour se tourner plein est, l’exposition idéale pour le pinot ! Alors, la complexité se conjugue à l’excellence, la puissance est plus affirmée, le potentiel de garde évident. On va ensuite trouver la Combe aux Moines, puis les Goulots et les Champeaux. Ce dernier climat mérite qu’on s’y attarde car, bien moins connu que ses illustres voisins, il est pourtant de grande race. Au milieu de la combe, entre côte Saint-Jacques et côte des grands crus, le législateur a classé en premier cru cinq climats : Clos du Chapitre, Craipillot, Champonnet, Plantigone (ou Issart) et Fonteny. Ce dernier est d’ailleurs à cheval sur le cône de déjection et le début du coteau. C’est Joseph Roty qui a popularisé ce cru charnu et fin qui mêle notes florales et notes fruitées. Au sortir sud des "larreys froids" de la combe, commence le coteau des grands crus ; grands crus de Gevrey auxquels cette double-page sera consacrée le lundi 8 juin.