Fixin, au nord de Gevrey-Chambertin, ne jouit pas de la notoriété de son illustre voisin. Pourtant, ses vins, aux tannins souvent puissants et à la robe colorée, peuvent revendiquer sans complexe leur appartenance à la côte de Nuits. Ici, le vin est une affaire vieille de plusieurs siècles…
Connaissez-vous Fixin ? La question peut paraître brutale. Elle résume toutefois assez bien le problème des vignerons de l’appellation. Et pourtant, producteur de vins rouges (et de quelques blancs), le vignoble de Fixin, en côte de Nuits, à quelques kilomètres au sud de Dijon, bénéficie d’une histoire déjà ancienne et de vins au rapport qualité/prix particulièrement intéressants. Alors ? La principale "faiblesse" du vignoble de Fixin réside dans sa taille. Avec une centaine d’hectares en production (dont une vingtaine en premiers crus), et des perspectives d’extension très limitées, l’appellation peut difficilement être présente sur tous les marchés, ce qui est justement la première condition à remplir pour se faire connaître du consommateur. A Fixin "cohabitent" deux A.O.C. : fixin et côte de nuits villages. Fixin est en effet l’un des cinq villages (avec Brochon, Corgoloin, Comblanchien et Premeaux-Prissey) à pouvoir revendiquer l’A.O.C. côte de nuits villages, mais le seul des cinq à également avoir droit à une appellation communale à son nom. Sur la totalité de la commune de Fixin, un producteur peut donc choisir de commercialiser son vin sous l’une ou l’autre des deux appellations. Malgré des handicaps au développement de la renommée de Fixin qui subsistent, l’appellation ne manque toutefois pas d’atouts, à commencer par ses vins, dont quelques premiers crus à fort potentiel. Au sommet de la "hiérarchie" de ces premiers crus figure le Clos de la Perrière, parcelle d’un seul tenant de 5 hectares 14 ares, située au sommet du coteau de Fixin, acquise par les moines de l’abbaye de Citeaux en 1102. Entre 1102 et 1142 les moines planteront une vigne qui a plusieurs fois changé de propriétaires, mais sans jamais être divisée. Dans son ouvrage de référence, Histoire de la vigne et des vins de la Côted’Or (1855), le docteur Lavalle avait classé le clos en tête de cuvée, soit au même niveau que les grands crus actuels. Au début du XIXe siècle, le propriétaire de l’époque, le Marquis de Montmort, vendait ses vins du Clos de la Perrière au même prix que le chambertin. Le Clos de la Perrière est depuis 1853 la propriété de la famille Joliet. Les vins ne sont pas les plus concentrés de Fixin mais se distinguent, en rouge, par le juste équilibre entre une charpente solide et des tannins fins et élégants. En 1990, le domaine a planté 50 ares de chardonnay, ce qui fait du Clos de la Perrière le seul fixin premier cru disponible en blanc comme en rouge. Juste en dessous, sur le coteau du Clos de la Perrière se trouve le Clos du Chapitre. Monopole du domaine Guy Dufouleur à Nuits- Saint-Georges, il avait auparavant été exploité pendant près de 60 ans (1936 à 1994) par le domaine Pierre Gelin, à Fixin. Ce clos produit généralement des vins très charpentés, puissants et virils. Souvent les vins du Clos du Chapitre ne sont pas faciles à déguster dans leur jeunesse, mais vieillissent toujours bien. En bordure nord du Clos du Chapitre se trouve le Clos Napoléon, monopole du domaine Pierre Gelin. Pour la petite histoire, ce Clos a appartenu à Claude Noisot, soldat de Napoléon 1er, qui l’a remembré et baptisé. Les vins du Clos Napoléon sont voisins de ceux du Clos du Chapitre. Ils sont concentrés, colorés, avec peut-être un peu plus de souplesse et une évolution légèrement plus rapide. Le premier cru le plus au nord, les Hervelets, est aussi le plus vaste. C’est également le seul de Fixin à être en multipropriété. Il peut aussi s’appeler les Arvelets (moins utilisé), réminiscence d’une époque (avant 1867) ou existaient deux communes : Fixin et Fixey. Les Hervelets est sans doute le premier cru le plus fin et fruité de Fixin. Généralement, ses vins peuvent s’apprécier plus jeunes que les autres premiers crus du village. Si l’on veut bien excepter les Hervelets, et, dans une moindre mesure, le Clos de la Perrière, les premiers crus de Fixin sont l’affaire de quelques domaines seulement. Pour palier cette "pénurie" de premiers crus, les autres producteurs utilisent donc largement les noms de climats en appellation village. Ainsi, on trouve couramment sur les étiquettes des fixin : Champs Perdrix, la Mazière, les Crais, en Olivier, la Croix Blanche (rouge et blanc), le Rozier, les Clos, Entre Deux Velles, etc.