A Rully, le chardonnay domine. Entre les meilleures mains du village, certains premiers crus n’ont pas à rougir face aux chassagnemontrachet et puligny-montrachet voisins.
Le village de Rully, au coeur de la Côte chalonnaise, en Saône-et- Loire, revendique le lignage géologique de la Côte-d’Or et l’investiture des Romains, qui n’avaient pas été longs à repérer le terroir et à y planter des vignes au lieu-dit le Rabourcé, où pousse encore le chardonnay. Seize siècles après, Rully est d’ailleurs toujours un village à vins blancs, puisque ces derniers représentent les deux tiers des 350 hectares plantés. Pourtant, la notoriété du village n’est pas si ancienne. « Avant que Rully n’obtienne son AOC en 1939, le vin de Rully se vendait sous le nom de Mercurey. On disait de lui que c’était du vin de maïs », raconte soeur Marie- Françoise Grivot, auteur d’un mémoire sur le village. Rully possède pourtant un terroir capable de faire passer les meilleurs de ses blancs pour des premiers crus de côte de Beaune lors d’une dégustation à l’aveugle. En effet, le chardonnay, maître des lieux, a fait la notoriété de ces vins dotés d’une belle tension minérale tout en offrant beaucoup de richesse. Géologiquement parlant, Rully fait, en effet partie, de la Côte de Beaune. On y retrouve les mêmes sols calcaires oolithiques et les marnes si favorables au chardonnay, ainsi qu’une orientation idéale au sud-est. Mais la Côte chalonnaise est située 50 mètres au-dessus de sa voisine : le raisin y mûrit plus tardivement. De fait, les meilleures parcelles de Rully sont situées entre 230 et 300 mètres d’altitude. Un bel ensemble de typicités Les climats les plus recherchés sont les Cloux (premier cru), les Chaponnières (en appellation village) et le Clos-Saint-Jacques (un premier cru situé sur la commune de Chagny). « Les Romains cultivaient déjà leurs vignes sur les Cloux », précise un vigneron de l’appellation. Les Cloux représentent environ une dizaine d’hectares. Leur terre grasse, profonde et argileuse convient bien au pinot noir, qui ne représente pourtant qu’un quart des surfaces plantées du climat. Les Cloux donnent de grands vins rouges, au nez de griotte et framboise. Le Clos Saint-Jacques est aussi une gloire locale. Il s’agit d’un monopole de 1,70 hectare du domaine de la Folie, entièrement planté en blanc. Son exposition plein est lui permet de bénéficier d’un ensoleillement maximal en évitant l’effet de four solaire qui pénalise les terrains orientés au sud. Ajoutez à cela des vieilles vignes (50 ans) issues d’une excellente souche, un sol argilo-calcaire identique à celui de Puligny… Et vous obtenez un premier cru blanc aux arômes de noisette, de miel et de beurre, typique du terroir rullyotin. Le berceau du crémant Rully revient de loin, après la terrible saignée de la Première Guerre mondiale qui tua 90 habitants, dont de nombreux fils de vignerons. La force de Rully a été son négoce et le crémant. Pourquoi ce dernier s’est il implanté à Rully ? « Petiot- Grofier, le négociant qui eut l’idée géniale d’envoyer un jeune Champenois au village, avait remarqué que certains blancs de Rully possédaient le même caractère que les champagnes : vivacité, fraîcheur et légèreté », explique Gérard Vitteaut, important producteur de crémant. Les crémants d’aujourd’hui sont toutefois élaborés à partir de raisins qui viennent autant de la Côte chalonnaise que des Hautes-Côtes et de la Côte de Beaune.