GEVREY-CHAMBERTIN : Des terroirs d’exception

Grande appellation de la côte de Nuits, Gevrey- Chambertin est le finage le plus titré avec neuf grands crus, exclusivement rouges. Revue des troupes.

Le coteau des grands crus de Gevrey débute au sortir des “larreys froids” de la combe. Il se tourne d’emblée résolument à l’est, au levant, l’exposition idéale. Le Clos des Ruchottes, monopole du domaine Armand Rousseau, ouvre le chapelet des neufs grands crus. C’est le plus tendre de tous les grands crus. A ses pieds le mazis-chambertin, doté d’une couche argileuse plus dense et plus profonde, rivalise d’audace avec le chambertin. La terre est beaucoup moins épaisse dans les hauts, le faciès est tourmenté, les parcelles épousant toutes les nuances de la pente. Autant dire qu’il y a des nuances dans l’expression de ce grand cru ! Complexe, moelleux, opulent, il est incontestablement digne de son rang, et ce n’est pas un hasard si les Hospices de Beaune sont fiers d’en posséder une parcelle !

Chambertin clos-de-bèze, le doyen des clos bourguignons

Chambertin clos-de-bèze et chambertin arrivent ensuite, mêlant la grâce à la vigueur, associant la force et la fermeté à la finesse et la délicatesse. Leur géologie ne diffère guère, mais le closde- bèze étant plus proche de la combe de Lavaut, il est plus froid, d’où sa différence. “On le vendange d’ailleurs toujours un peu plus tard” constate un vigneron de l’appellation. Difficile de s’orienter dans le dédale des 55 parcelles du chambertin et de la quarantaine qui constitue le closde- bèze ! Autant dire qu’aujourd’hui, celui qui veut s’initier à la dégustation de ces deux grands monstres sacrés, doit impérativement prendre son temps, accepter des déceptions pour enfin trouver ce qu’il cherche, un des sommets de l’élite bourguignonne ! Pour l’anecdote, un certain Bertin, fils de Berth, estima qu’on pouvait y faire un excellent vin. Ainsi naquit Campus Bertini, le champ de Bertin, devenu chambertin. Après le chambertin, le latricières- chambertin s’exprime avec une diversité d’arômes de fruits, de fleurs, de réglisse et d’épices. Le sous-sol est dur, la couche de terre végétale peu épaisse. Mentionné pour la première fois au tout début du XVIe siècle, il tire son nom d’un terrain ingrat, maigre et peu fertile. Seule la vigne pouvait en faire une merveille, d’où son qualificatif dès cette époque : “petite merveille” !

A son époque, Shakespeare célébra le griotte-chambertin

Un peu plus bas, chapelle chambertin et griotte-chambertin, chacun avec leur personnalité, s’imposent comme les crus les plus séducteurs du finage ; le premier avec sa finesse, le second avec son soyeux. Dans son écrin en forme de coquille Saint-Jacques, véritable four solaire, ce minuscule climat fait figure de joyau. Les stocks sont inexistants ! N’oublions pas charmeschambertin et mazoyèreschambertin qui peuvent être unifiés sous le nom de Charmes, mais qui ne devrait pas l’être. Comme aimait à le dire Gaston Roupnel, historien et professeur à l’université de Dijon, ce dernier grand cru “a de la vigueur, un tempérament de feu et une robe rubis très brillante”. S’il descend en partie jusqu’à la route nationale 74, situation exceptionnelle dans la côte, c’est parce qu’il est doté jusque là d’une terre très caillouteuse, peu épaisse, avec un taux de calcaire actif assez élevé, “donc très favorable pour un vin d’une grand finesse”, souligne Philippe Charlopin, propriétaire dans les bas, mais qui réussit toujours un vin de grande classe.

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