En s’affirmant comme une appellation demandée à l’exportation, les crémants de Bourgogne se valorisent mieux et gagnent en prestige. L’objectif : répondre à la demande mondiale pour des effervescents de qualité.
C’est fait ! Le cap d’une bouteille de crémant de Bourgogne sur trois exportée a été franchi. Les derniers chiffres atteignent un niveau d’exportation de 35 %. Les crémants de Bourgogne sont tout simplement en train de rejoindre la longue tradition exportatrice du reste de la Bourgogne (50 % des vins expédiés en dehors des frontières françaises). On ne sera donc pas trop surpris de constater que les destinations phares des vins bourguignons, toutes appellations confondues, de ces derniers mois sont également celles qui demandent de plus en plus de crémants de Bourgogne : les États- Unis et l’Angleterre. Autant dire que l’appellation qui cultivait son statut "d’originale de la famille" ne l’est plus tant que ça… Ces nouveaux marchés sont d’autant plus intéressants qu’ils valorisent bien la production de crémants. Les fines bulles de Bourgogne s’achètent aux Etats- Unis dans une fourchette de prix se situant entre 12 et 15 dollars la bouteille. Nombre d’importateurs comprennent parfaitement l’intérêt de présenter ce type de vin dans leur gamme. Distributeurs et consommateurs sont gagnants. La marge du premier est confortable. Le deuxième y trouve un rapport qualitéprix excellent, si l’on se réfère à un autre effervescent bien connu dont le prix est plus proche du double (voire plus…) de celui du crémant. Le marché anglais, fortement concurrencé, valide quant à lui la solidité de l’offre crémant. Dans un contexte où se retrouvent en confrontation des productions venues des quatre coins de la planète, les crémants de Bourgogne gagnent en présence. Il faut ajouter à ce tableau l’émergence de nouveaux débouchés : les pays scandinaves, Suède en tête. Avec environ 200 000 bouteilles commercialisées, ce dernier marché est encore modeste, mais au rythme des progressions actuelles, il l’est chaque semaine un peu moins… Là aussi les augmentations en volume et en valeur suivent des courbes parallèles, signes que ces nouveaux adeptes sont conquis sans compromettre sa valorisation et son positionnement. C’est bien là l’enjeu actuel des crémants : continuer à progresser en volume (la demande mondiale pour des effervescents de qualité progresse) tout en se valorisant de mieux en mieux. Pas étonnant donc de voir l’Union des producteurs et élaborateurs de crémants de Bourgogne (UPECB) rester plus que jamais attachée à la rigueur en matière de conditions de production. La réforme des AOC en cours est l’occasion pour la filière d’enfoncer le clou. L’UPECB n’a pas fait de demi-mesure en matière de refonte de l’agrément : c’est un organisme certificateur indépendant qui veillera à ce que la procédure qui autorise un élaborateur à étiqueter ses vins du nom de l’appellation soit respectée. Autre dossier d’importance de cette réforme : la mise en place d’une affectation parcellaire. Les crémants de Bourgogne peuvent être produits sur l’ensemble de l’aire d’appellation bourgogne. Jusqu’à aujourd’hui, un producteur pouvait choisir jusqu’à la récolte d’opter soit pour la production de crémant soit de vin tranquille. Une réalité qui rend le pilotage de la filière difficile. Des dispositions pour encourager les producteurs à faire un choix plus en amont sont prévues dans la réforme. A noter également que les conditions de production des crémants millésimés sont revues à la hausse avec un temps de vieillissement minimal sur lattes doublé (dix-huit mois). Autant de dispositions entrées en vigueur lors de la dernière récolte et dont l’objectif est d’ancrer résolument le crémant de Bourgogne dans l’univers des bulles "haute-couture". En Bourgogne, les premiers essais de vins effervescents vinifiés selon la méthode champenoise remontent au début des années 1820, à Rully, en côte chalonnaise à moins qu’il ne s’agisse de Nuits-Saint- Georges en côte de Nuits. À moins que … les historiens sont aujourd’hui encore divisés sur la question. Le village de Rully est l’une des principales zones de production de crémant de Bourgogne. Schématiquement, on trouve parmi les producteurs de crémants trois cas de figure : le petit vigneron qui fait lui-même son crémant et le vend (plutôt rare) ; la maison qui fait son crémant et le vend également ; et enfin le vigneron qui confie l’élaboration de son crémant à une maison mais qui le vend lui-même.