Auxerrois et Tonnerrois

Deux appellations communales (Irancy et Saint-Bris) et sept appellations régionales (Bourgognes Chitry, Côte Saint-Jacques, Côtes d’Auxerre, Coulanges-la-Vineuse, Epineuil, Tonnerre et Vézelay) composent les vignobles de L’Auxerrois et du Tonnerrois, qui produisent des vins aromatiques, plaisants, et à petit prix !

Dans l’univers chahuté et concurrentiel des AOC régionales, les appellations de l’Yonne s’en sortent plutôt bien. Elles peuvent dire merci au marché parisien. L’histoire passée et récente démontre que l’un des facteurs essentiels pour qu’un vignoble se développe reste la proximité de débouchés commerciaux et/ou de voies de communication. L’une des grandes chances du vignoble de l’Yonne a toujours été de se trouver à 150 petits kilomètres de la région parisienne. Beaucoup de parisiens possèdent des résidences secondaires dans l’Yonne et viennent se ravitailler aux "sources" locales. Autre atout de poids pour ces régionales rouges et blanches de l’Yonne, leurs prix. Vendus entre 5 et 10 € la bouteille (rouges et blancs), ce sont là des "vins de crise", ceux que l’on ne raye pas de la liste quand le porte-monnaie se fait plus léger. Côté terroir, on découvre dans ces îlots de vignobles des sols dont la surface est largement recouverte d’un important cailloutis calcaire. Il est agrémenté d‘huîtres fossiles qui forment le sol du Kimméridgien, rendu célèbre par les vins de Chablis. En profondeur, la formation du Portlandien intercale de grands bancs calcaires et des fissures marneuses qui, par endroit, peuvent être assez importantes. Sur Vézelay, une imposante masse calcaire vient en affleurement d’une couche argileuse peu épaisse. A Saint-Bris-le-Vineux, au sud d’Auxerre, on défend bec et ongles le cépage sauvignon qui a valu au vignoble d’obtenir l’appellation d’origine contrôlée saint-bris à partir du millésime 2002. Cette zone méconnue de la Bourgogne du nord, à deux pas des océans de chardonnay du Chablisien, constitue en effet la poche de résistance du cépage sauvignon. Un îlot aux accents ligériens… Saint-Bris n’est pourtant pas Sancerre ou Pouilly. Autres terroirs, autres pratiques, autres profils. Les sauvignons de Bourgogne offrent une minéralité plus discrète que leurs grands voisins, mais leur gamme aromatique fruitée leur assure finesse et séduction, lorsqu’ils sont vendangés mûrs. Leur bouquet délivre alors un festival d’agrumes : l’orange le dispute au pamplemousse, sur un fond citronné, avec des notes végétales d’herbe fraîchement coupée. En bouche, la vivacité est toujours présente, et une pointe de minéralité marque la finale. Seconde appellation communale de l’Auxerrois, Irancy. Nous sommes ici en plein coeur de la région de naissance des vins rouges de l’Auxerrois. Le finage d’Irancy reprend la forme en demi-cercle des théâtres romains. Les vignes et quelques vergers dévalent des coteaux, des gradins, vers la scène occupée par le village depuis le Ve siècle. Les moines de l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre ont planté les premières vignes, dont les plus anciennes traces écrites datent de 861. A Irancy, l’histoire de la vigne ne peut-être dissociée de celle de la cerise. 1830, 450 hectares sont plantés en vignes dans la cuvette d’Irancy. Les ceps recouvrent tout. Le vin est vendu dans la toute proche capitale. XIXe siècle, le chemin de fer amène la concurrence des vins du sud de la France. Le phylloxera donne le coup de grâce et la cerise prend le dessus. Les replantations reprennent au début du XXe siècle, freinées par les deux guerres. La cerise poursuit son chemin pour atteindre un "pic" à 1 000 hectares, sur le département de L’Yonne, au début des années 1970. 1976 marque sans doute la dernière bonne année pour ce fruit qui, depuis, n’a cessé de "décliner". Chaque terroir d’Irancy possède son style : élégance en Palotte, austérité en Côte du Moutier, avec néanmoins un point commun à tous les irancys bien nés et bien élevés, une réelle aptitude à la garde. Curiosité, le "théâtre" d’Irancy reste l’une des dernières scènes françaises à accueillir un acteur, hier populaire, aujourd’hui oublié. Peut-être importé en Gaule à l’époque de la domination romaine, le cépage césar couvre quatre petits hectares du vignoble d’Irancy. Il est surtout présent en Palotte, près de 1,5 ha sur six. Cépage capricieux, le césar mûrit difficilement mais apporte de la matière et de la couleur en année favorable. Il se reconnaît après la vendange à la teinte rouge des vignes.

 

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