La sélection clonale d’une variété de pinot noir ou de chardonnay commence par des observations visuelles dans le vignoble, sur trois ans, destinées à repérer d’éventuels symptômes visuels de maladies à virus et à jauger la santé globale du cep. Au bout de trois ans, chaque cep retenu est numéroté et produit une vingtaine de boutures, qui sont plantées dans des sols sableux dans lesquels les vecteurs de virus (nématodes) sont absents. Chaque bouture fait alors l’objet d’observations et de tests sur le terrain et en laboratoire. Au bout de trois ans de bouturage, les clones sains sont retenus et testés dans les sols de la région d’origine, afin de vérifier leur capacité à répondre aux exigences quantitatives et qualitatives de la région. Au bout de quelques années, les meilleurs reçoivent un agrément officiel d’Etat. Vingt ans environ sont donc nécessaires pour voir naître un clone exempt de virus, et capable de produire la quantité et la qualité requises pour des vins de Bourgogne.
Alors, pourquoi cette sélection clonale est-elle autant critiquée, accusée même parfois d’être à l’origine de l’hétérogénéité des vins de Bourgogne, alors qu’en fait la proportion de vignes plantées en clones est encore très faible en Bourgogne (premières vignes plantées dans les années 70) ?
Le mode actuel de conduite de la vigne le plus répandu en Côte-d’Or et côte Chalonnaise - 10 000 pieds à l’hectare, palissage des vignes sur fil de fer, taille Guyot - est apparu à la fin du siècle dernier. Des solutions proches ont été adoptées à Chablis et à Mâcon et pour les mêmes raisons. L’objectif de départ était clairement " d’organiser " les vignes, jusqu’alors en friches désordonnées, pour en obtenir des niveaux de productions supérieurs à ce qu’ils étaient et surtout permettant aux domaines d’être économiquement viables. Rappelons au passage que les vignes étaient alors " affaiblies " par le phylloxéra et par les virus. Ce " système Guyot " productif compensait la faible capacité à produire des ceps dont beaucoup étaient improductifs, car " malades " ; le tout s’équilibrant pour donner des rendements corrects, sans excès, de 20 à 35 hectolitres à l’hectare. La sélection clonale va amener la constitution de vignes homogènes, avec des pieds tous également productifs, dans un mode de la conduite de la vigne surrané, instauré au temps du phylloxéra et des virus.
Enrichies par les engrais apparus massivement après la Seconde Guerre mondiale et protégées par des traitements chimiques efficaces, des vignes se sont " emballées " jusqu’à 60, voire 80 hl/ha.
L’aspect " productivité " est pris en compte dans l’agrément d’un clone. Parmi les clones actuellement disponibles sur le marché existe le meilleur (clone à petit rendement) et le pire (clone à forts rendements). Le " problème " de la sélection clonale tient au fait que lors du choix de clones, de nombreux producteurs ont opté pour la productivité plutôt que pour la qualité, vieux réflexe bourguignon. Voilà pourquoi les clones sont autant critiqués, alors qu’en fait ce ne sont pas eux qui sont en cause, mais bien leur utilisation !
En matière de sélection clonale, la " base ", lors de la plantation d’une vigne, est de choisir plusieurs clones, afin d’éviter justement les risques de standardisation, et d’adapter sa viticulture. Car même si les clones ont bien été choisis, le risque de trop produire est bien réel, surtout en jeune vigne. Il est donc bon de tout faire pour juguler la vigueur des ceps, en limitant les apports d’engrais, en enherbant les vignes (l’herbe fait concurrence à la vigne et diminue sa vigueur), en taillant plus court, voire en optant pour des modes de taille moins productifs que le Guyot et en travaillant de très près au contrôle des rendements qui sont, rappelons-le sans cesse, à la base même de la qualité des vins.