Pour une autre viticulture

Après des décennies " d’excès chimiques ", la Bourgogne s’éveille enfin à une autre forme de culture de la vigne, plus respectueuse de l’environnement et des amateurs de grands vins. C’est que beaucoup de " dégâts " ont été commis.

Prenons l’exemple des engrais ! Des épandages d’engrais réalisés dans l’après-guerre répondaient sans doute à des carences, en potassium notamment, dans certains sols. Mais l’emploi massif qui a ensuite été fait de ces engrais, jusque dans les années 80, a davantage répondu à des nécessités économiques : produire toujours plus pour répondre à la demande. Oui, mais... Certains engrais favorisent le développement par la vigne d’un réseau de racines de surface
(" chevelu "). Problèmes ! Ces racines superficielles alimentent copieusement la plante, qui ne va plus puiser sa " nourriture " complexe dans les profondeurs, là où se trouve le " vrai " terroir. Le désherbage chimique, qui a remplacé les labours, favorise le développement de ces " chevelus " de surface très actifs.

A la moindre pluie, l’eau est captée par ces racines et aussitôt utilisée par le cep. Le raisin est fragilisé et devient plus sensible aux attaques de pourriture. De plus, on sait que la potasse contenue dans les engrais neutralise l’acide tartrique et favorise les problèmes actuels de déficit des vins en acidité. Tout est lié !

Les " années chimiques " ont également été celles de traitements abusifs, avec des produits nocifs aux maladies, peut-être, mais aussi aux sols (donc à l’expression des terroirs), aux hommes, aux nappes phréatiques, à l’environnement dans sa globalité... Au début des années 90, une génération de jeunes vignerons a dit stop ! En 1995 est née une association au nom évocateur : le Groupement d’étude et de suivi des terroirs. Son but est de mettre en place des pratiques culturales (arrêt des engrais, des désherbants et retour à des labours, apports bien dosés de composts organiques) capables de relancer l’activité microbienne des sols bourguignons, activité indispensable à une résurrection des terroirs.

Depuis le début des années 90, une nouvelle éthique de travail de la vigne a connu un franc succès, la lutte raisonnée. Son principe est simple : ne déclencher un programme de traitement que quand un risque réel est identifié, après des observations minutieuses sur le terrain. Tout le contraire d’une lutte chimique traditionnelle qui veut que l’on traite systématiquement en fonction de la période théorique d’apparition d’une maladie, d’un parasite ou d’un insecte ravageur.
L’étape suivante de la lutte raisonnée est la lutte intégrée, qui cherche à combattre parasites et insectes en utilisant leurs ennemis naturels " survivant " dans le milieu, ou en intervenant sur les relations entre insectes et parasites et leur milieu. Un exemple : la confusion sexuelle, méthode de lutte contre deux papillons, le cochylis et l’eudémis (cf. mois de mai : " tordeuses de la grappe "), qui communiquent par le biais de substances chimiques : les phéromones. Un mâle retrouve une femelle de son espèce en la suivant à la trace, grâce aux phéromones. La confusion sexuelle consiste à saturer l’air en phéromones synthétisées en laboratoire. Ainsi, les mâles ne parviennent plus (sauf hasard) à retrouver les femelles ; le nombre d’accouplements (donc la reproduction) est limité. Pas d’accouplement, pas de reproduction... En 1997, la confusion sexuelle a été mise en œuvre sur 100 hectares de grands crus en côte de Nuits, dont la romanée-conti.

Le nombre de vignerons concernés par cette minirévolution est encore faible : 100 à 200 sur toute la Bourgogne. Mais ils se comptaient sur les doigts des deux mains au début des années 90...