VINS BIO. Etre ou ne pas être

La montée en puissance de la viticulture bio incite la plupart des viticulteurs à se positionner. Les deux derniers millésimes ont mis encore davantage de piquant dans le débat…

Les propos suivants sont ceux tenus par un responsable de l’Institut National des Appellations d’Origine (INAO) il y a quelques années : « Le vin bio ? Je n’en vois qu’un : le vinaigre ». Une parfaite incongruité aujourd’hui. C’est le sérieux de celui qui les prononcerait en 2009 qui se verrait, par contre coup, mis en doute. En effet, la dynamique bio n’a jamais été aussi forte en Bourgogne. Les superficies exploitées et certifiées sans pesticides de synthèse devraient atteindre 5% du vignoble en 2009. Faisons le pari, cette dynamique se poursuivra dans les années à venir. Il est difficile de rencontrer aujourd’hui un vigneron de moins de quarante ans mettant ses vins en bouteille, qui n’a pas une réflexion approfondie sur le sujet. Soit il est déjà en bio, soit il annonce vouloir s’y mettre prochainement. Plus rarement, il a quelques objections qui le refroidissent. Difficile aujourd’hui pour un viticulteur d’ignorer l’existence de moyens culturaux alternatifs à ceux pratiqués depuis les années 60. Chacun est actuellement contraint de se positionner. Avec plus ou moins de nuances… Les difficiles millésimes 2007 et 2008 ont vu des viticulteurs railler l’état des vignes de leurs confrères bio. Oubliant peut-être un peu vite que même la viticulture conventionnelle a parfois été, elle aussi, mise en échec, sur certaine parcelles… Pour autant, signe que les esprits ont bien changé, les plus prompts à la critique deviennent muets dès lors qu’on leur propose de leur ouvrir nos colonnes. Cinq d’entre eux ont décliné nos sollicitations… Halte à la caricature Nous aurions probablement rencontré la situation inverse il y a seulement dix ou quinze ans : nombre de bios se seraient abstenus de le revendiquer, par crainte de passer pour des soixantehuitards attardés. Aujourd’hui, le risque de ringardisation a changé de camp. Dans les deux cas, la caricature est dommageable. Cette montée en puissance du bio ne saurait faire oublier les progrès réalisés en dehors des voies encadrées de la certification bio. D’autant que se passer intégralement des produits et pesticides de synthèse n’est effectivement pas sans risque. Et puis rares sont dans ce monde les sujets ou le blanc se distingue du noir au premier coup d’oeil. La méthode de culture idéale, à la fois respectueuse de la santé du vigneron, du consommateur et de l’environnement n’existe pas. La principale objection faite à la viticulture bio est l’utilisation de la bouillie bordelaise, préparation à base de cuivre, pour lutter contre le mildiou. Elle a l’inconvénient de répandre un métal dans le sol des vignobles. Des alternatives sont donc recherchées. Bientôt une vinification biologique ? Deuxième objection : le fait que la certification s’arrête à la vigne. Seuls les raisins sont garantis bio. Des chartes privées de vinification bio existent sans qu’elles aient pour l’instant trouvé de traduction dans la réglementation européenne. Un programme d’étude sur les pratiques de vinification biologique (Orwine) devrait déboucher sur la mise en place d’une réglementation à l’échelle européenne. Cette dernière viserait à minimiser les intrants (le soufre notamment) et fixer les procédés ayant le moins d’impact sur l’environnement. Le tout en ne perdant pas de vu la qualité des vins… Les décrets d’application pourraient être effectifs fin 2009, début 2010. Le vin bio serait officiellement né.