Simple comme un clic l’achat de vin sur internet ? Pas franchement. Surtout lorsque c’est une belle bouteille de Bourgogne que l’on souhaite ajouter dans sa cave. Sur la toile, les vins bourguignons ne jouent pas les têtes de gondole.
Le marché des vins sur internet est jeune ; plus particulièrement pour les vins de Bourgogne. Petit florilège de nos aventures sur la toile. Ces sont tout d’abord six bouteilles de chambollemusigny qui ne viendront pas embellir notre cave. "Notre fournisseur vient malheureusement de nous informer d’une rupture momentanée sur ce vin. Malgré nos recherches auprès d’autres fournisseurs, nous ne sommes pas en mesure de vous le vendre", annonce le courrier électronique. Le site est pourtant une référence du secteur. Restons optimistes, le dépit ne devrait que "momentané - ment " perdurer … Quelques pressions de l’index plus tard, autre site, autre déconvenue. Là encore l’adresse figure parmi les plus connues. Il annonce un délai de livraison de cinq à dix jours. Une fois la commande validée et payée, une pénible surprise nous attend : "produit livré exceptionnellement sous vingt jours ouvrés (en cours de réapprovisionnement)"… Le commerce du vin n’a pas échappé à la start-up mania de la fin des années 90. Le miroir aux alouettes de la nouvelle économie en aura aveuglé plus d’un. L’explosion de la bulle internet a fait le ménage et incité certains opérateurs à retirer leurs pions de l’échiquier. Pour les persévérants, il s’agissait avant tout de prendre position en attendant, plus patiemment que prévu, que le fruit mûrisse. Une bataille pour les plus belles places du magasin mondialisé qui donne immanquablement lieu aux effets d’annonce et aux slogans "survendeurs". Pas surprenant donc de constater que les jolies promesses restent parfois lettre morte. La virtualité n’est pas un concept insignifiant dans le monde du vin sur internet. On pourrait naïvement s’imaginer qu’à l’autre bout de la connexion de l’oenophile, un opérateur recevant la commande transmette aussitôt la référence à l’employé en charge des rayonnages d’un beau et grand chai (terme lu sur certaines pages). Et que les bouteilles, une fois conditionnées, s’en aillent aussi sec prendre le chemin de la cave ou du verre de l’acheteur. L’existence du "chai" est théorique. Le financement du capital immobilisé par le stockage du vin engendrerait des coûts énormes pour ces entreprises à l’assise encore bancale. Leurs têtes pensantes préfèrent investir leurs capitaux dans un marketing direct : envois d’e-mails ou de bons vieux catalogues papier ciblant autant que possible des "clients particuliers à fort potentiel". La plupart des sites vendent des vins qu’ils n’ont pas. La validation d’une commande entraîne une prise de contact auprès des producteurs, des négociants, d’intermédiaires ; et parfois même de concurrents. "Il nous est arrivé d’avoir une commande en provenance d’un grand site qui recherchait un côte-rôtie 1998", raconte un membre du site V comme vin.com. Résultat : des délais de livraison relativement longs voire une impossibilité de répondre à la demande comme nous l’avons expérimenté. Chez Wine and Co (détenu par le groupe de luxe LVMH et le négociant bordelais Millésima), on se défend de procéder ainsi. "Nous avons les vins en stock. Notre force est d’être très réactifs tant sur la gamme que sur la livraison", annonce t’on. La logistique est d’ailleurs l’un des chevaux de bataille de ce site. "Nous avons su fidéliser des clients, de profil cadre supérieur, achetant régulièrement des bouteilles de 7 à 15 € mais pouvant occasionnellement faire monter leur achat à plus de 40 € l’unité". Wine ans Co annonce un panier moyen de 300 € pour un prix de 23 € la bouteille. L’implantation bordelaise de la société augure de l’offre relativement restreinte en vins de Bourgogne : quelques vins de domaines, l’offre de négociants de renom de Beaune et des environs. Les difficultés à référencer les bourgognes sont les mêmes que dans la "vieille économie" : multiplicité de l’offre, petit volume, variété des opérateurs, etc. D’autres acteurs du cyber marché du vin peuvent se louer d’être au plus près de leur produit : les cavistes. A la tête de magasin bien réel, certains ont sauté le pas en proposant leur gamme en ligne. C’est le cas de la Cave du Septier à Apt (Vaucluse) créée en 1990. Leurs gérants Hélène et Thierry Riols se sont lancés huit ans plus tard dans le commerce en ligne (V comme vin). La gamme est bien sûr plus resserrée que celle des "grands" sites, mais la sélection a le mérite d’être cohérente. Le service apporté à l’acheteur est soigné : informations précises sur le vin, le producteur, livraison rapide, etc. Les problèmes rencontrés ici et là ne doivent pas masquer une évidence : la vente de vin sur internet fonctionne bien et à encore de beaux jours devant elle…