Tendance : les ventes de vin aux enchères

Les ventes de vins aux enchères ont le vent en poupe. Nombreux sont les sites internet ou les commissaires priseurs à proposer ce genre d’évènement. L’occasion de revenir sur l’histoire de la plus célèbre d’entre elles, la vente des vins des Hospices de Beaune, qui aura lieu dimanche.

Au milieu du XVIIe siècle, le domaine des Hospices couvre 695 ouvrées, soit environ 30 hectares de vignes, sur Savigny, Beaune, Pommard et Meursault. Aujourd’hui, sa superficie atteint plus du double -61 hectares- et comprend non seulement des appellations de la côte de Beaune, mais également de la côte de Nuits et de Pouilly-Fuissé. Mais des vignes, du vin, ça ne suffit pas pour nourrir les pauvres, guérir les souffrants et entretenir les lieux. Alors, l’intendant, ou le maître, vend la récolte dont les bénéfices seront plus utiles à l’hôpital. L’affaire se règle souvent avec un commissionnaire qui joue le rôle du négociant actuel. Le marché se conclut à l’amiable ; l’un estime le millésime, l’autre discute et finit par acquiescer. Comme bien d’autres choses de “l’ancien monde”, suite à la Révolution française, on juge le système de vente à l’amiable archaïque. Liberté individuelle oblige, les offres doivent désormais être déposées sous enveloppe cachetée. À partir du prix minimum fixé par une commission, l’intéressé évalue donc son offre, avec pour aide sa seule conscience, sans discussion possible avec ses concurrents. L’emporte évidemment le plus généreux. Cependant, on a beau faire, les millésimes eux ne sont pas égaux. 1847, par exemple, s’annonce mal. 1848 n’est pas mieux et 1849 ne rattrape rien. L’accumulation des méventes contribue à remplir les caves de l’Hôtel-Dieu. Recommencer une vente aux enchères publiques comme en 1825 ne servirait à rien. Faute de publicité suffisante, l’échec en avait été assez cuisant. La situation mérite réflexion. Une décision urgente s’impose. C’est l’économe des Hospices, Joseph Pétasse, qui la prend. Pour un temps, il devient commisvoyageur des vins de Beaune et se rend dans d’autres régions françaises, mais aussi en Belgique, en Hollande et en Allemagne. Fort de l’expérience des négociants beaunois, qui ont déjà bâti une clientèle dans ces payslà, il donne leur chance aux vins des Hospices. Au XIXe siècle, les pays frontaliers du nord et l’est de la France représentent en effet les meilleurs espoirs de liaisons commerciales. Le succès de l’ambassadeur se révèle sans précédent. Joseph Pétasse vend toutes les réserves de vins et fait résonner, dans tous les lieux traversés, le nom des Hospices de Beaune comme une garantie de grandeur, de qualité et de rêve. En 1851, il déclare fièrement aux administrateurs de l’hôpital : "Messieurs, vous pouvez reprendre la vente aux enchères publiques ; il est désormais inutile de nous déranger, la clientèle est faite, nos vins sont connus et ce sont désormais les amateurs qui viendront à nous". Les fondations de ce qui deviendra un évènement sont désormais établies. Il faut néanmoins attendre 1859 pour que la vente aux enchères des vins mis en fûts soit lancée et organisée régulièrement. Les premières années, les acheteurs se rassemblent dans la Cour des Hospices. Les résultats, qui servent de référence aux professionnels sont alors consultables au premier étage, dans la salle du Conseil. Ainsi, on trouve dans les notes prises par le négociant beaunois Champy : "Les prix (des vins) viennent seulement d’en être réglés d’hier par la vente qu’a faite l’hôpital qui sert toujours de base pour le prix de la queue sur lie". Certaines années, toutefois, à l’image du millésime, la vente est annulée. En 1910, 1956 et 1968, les récoltes sont si médiocres que la vente n’a pas lieu, tandis qu’en 1916 et de 1939 à 1942, c’est la guerre qui en empêche l’organisation. D’autre fois en revanche, et c’est le cas en 1959, la récolte est si abondante que la cuverie, qui accueille la vente depuis 1925, ne suffit plus à recevoir récolte et acheteurs. Un nouveau lieu de vente s’impose ; c’est la municipalité qui le suggère. Elle propose de prêter ses halles. Il reste aux Hospices à les aménager, notamment en installant un système de chauffage. Il n’a donc pas été si simple de définir l’endroit de la vente, d’autant plus qu’on ignorait au départ l’ampleur qu’elle atteindrait. Pas plus que la date d’ailleurs. C’est en 1925 que l’on a définitivement fixé le troisième dimanche de novembre de façon à ce que la vente des vins succède à la foire gastronomique de Dijon, nouvellement créée. Ainsi, les visiteurs feraient d’une pierre deux coups et la Bourgogne se revendiquerait comme la région du goût par excellence.

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