Les confréries en Bourgogne

Les Confréries en Bourgogne sont nombreuses. La plus célèbre d’entre elles : la Confrérie des Chevaliers du Tastevin. Elle assure avec rigueur, la tenue de nombreuses joyeuses soirées, les fameux chapitres. Elle est aussi, grâce au "Tastevinage", une aide à la commercialisation des vins de Bourgogne. Gros plan.

“Le rire est une chose s é - rieuse avec laquelle il ne faut pas plaisanter". Cette citation de Raymond Devos pourrait être l’un des leitmotiv de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin. Passée maître dans l’art d’organiser des soirées rabelaisiennes autour des vins de Bourgogne, la plus célèbre confrérie du monde est aussi une organisation bien huilée. Elle compte une vingtaine de salariés permanents. Jusqu’à une centaine de personnes sont sur le pont lorsqu’il faut assurer la tenue d’un "chapitre" (soirée au château du clos de Vougeot). Les Chevaliers du Tastevin jouent un rôle collectif pour l’image de la Bourgogne et de ses vins, mais entretiennent un esprit de club : on y entre par cooptation. Le tout est mené par une direction qui cultive l’esprit de famille. Bref, la Bourgogne et sa vocation à engendrer des singularités s’illustrent une nouvelle fois ! Un particularisme qui doit sa longévité à une fidélité sans faille à ses principes fondateurs. Nous sommes en 1934, la fameuse crise de 1929 s’est propagée à travers l’Europe. La Bourgogne traverse une grave crise de mévente. Pour vaincre le marasme, deux Bourguignons dynamiques de Nuits-Saint-Georges, Georges Faiveley et Camille Rodier ont l’idée de faire renaître certaines confréries bachiques des XVIe et XVIIe siècles. La raison d’être de la Confrérie est sans ambigüité : "La mise en valeur des produits de la Bourgogne, particulièrement de ses grands vins, et de sa cuisine régionale, le maintien et le rétablissement des fêtes, coutumes et traditions du folklore bourguignon", annoncent alors les fondateurs. "Empruntons à Rabelais sa truculence, sa bonne humeur et à Molière sa philosophie souriante, son bon sens...", expose l’- historique de la confrérie pour dépeindre l’esprit de l’initiative. Au menu : bonnes bouteilles, chansons à boire, bans bourguignons, humour … Le tout en tenue de soirée mais avec une décontraction croissante au cours de la soirée. Les chapitres ont lieu le samedi soir. Ils sont au total 16 au cours de l’année. Chacun d’eux accueille un peu plus de 550 convives. Le principe de cooptation qui préside à l’intronisation des nouveaux chevaliers (lire ci-dessous) prévaut aussi pour la participation aux chapitres. C’est un chevalier qui invite les deux personnes de son choix. Si au final des places sont disponibles elles peuvent être attribuées sur demande. Il en coûte tout de même 180 € la soirée. "On ne peut pas dire que nous soyons un club fermé, il y a 12 000 membres, dans le monde, mais cela reste tout de même un club. Je crois que les gens le comprennent bien", explique Louis-Marc Chevignard. A noter que la Confrérie dispose de deux cuisiniers à temps plein. Aussi c’est la confrérie elle-même qui propose ses services de restauration lorsque le château du Clos Vougeot est loué par des tiers. Le succès des chapitres ne se dément pas puisqu’il faut réserver un an à l’avance. Pas sûr que les fondateurs avaient imaginé que le millième chapitre serait fêté un soir de juin 2007… Mais l’activité principale de la confrérie, en tout cas la plus rémunératrice, est ailleurs. C’est le "Tastevinage". Créé en 1950, il s’agit d’une sélection de vins. Deux fois par an, au printemps et à l’automne, des oenologues, restaurateurs, négociants, vignerons, courtiers, mais aussi des amateurs sont convoqués pour déguster les échantillons soumis. Les vins retenus sont tastevinés. Les producteurs des vins tastevinés peuvent habiller leurs cuvées, au choix d’une étiquette, d’une contre-étiquette ou d’un macaron faisant référence à la confrérie. C’est sur la vente de ces signes distinctifs que l’organisation se rémunère. "Jamais en vain, toujours en vin", quid de la devise de la confrérie aujourd’hui ? Le grand connétable propose son exégèse : "La réponse est dans le vin de Bourgogne. C’est un encouragement, il faut toujours essayer. La Bourgogne a le vent en poupe et il y a bien des raisons à cela. Je crois que nous menons un travail de fond que nous ne pouvons pas nous permettre d’arrêter. Si l’on ne servait plus à rien, on s’arrêterait. On ne vit pas pour le plaisir de vivre." Plutôt Du Guesclin que Don Quichotte nos chevaliers. Quand on vous disait que c’était du sérieux !