11 000 Chevaliers du Tastevin

La plus célèbre des confréries bourguignonnes reste, et de loin, la confrérie des Chevaliers du Tastevin (outil de dégustation du vigneron bourguignon). « Par Bacchus, dieu du vin, par Noé, père de la vigne, par saint Vincent, patron des vignerons, je vous fais Chevalier du Tastevin ». Prononcée par des hommes vêtus de longues robes rouge et or, la phrase fait courir le monde depuis 1934. Onze mille personnes l’ont entendue, dite à leur attention, sur le podium du cellier du château du Clos-de-Vougeot. Le temps de boire une coupe de vin de Bourgogne, de passer le cordon rouge et or autour du cou, et hop ! autant de nouveaux Chevaliers du Tastevin, adoubés (intronisés) d’un coup de cep sur l’épaule. Le rite est immuable depuis un jour de 1934 où quelques hommes eurent l’idée de faire renaître les confréries du Moyen Age en créant la confrérie des Chevaliers du Tastevin.

Georges Faiveley, Camille Rodier, Etienne Camuzet... partent alors sur une idée simple : faire venir les gens en Bourgogne et leur (re)montrer le chemin des caves, alors que la crise est sévère. Le premier chapitre (soirées) de la confrérie se déroule à Nuits-Saint-Georges.

Très vite, les instigateurs de la Confrérie invitent Parisiens, Belges, puis le monde entier. Le vin, la convivialité et quelques journalistes de Radio-Paris, épatés par ce qu’ils vivaient en terre bourguignonne, vont assurer la renommée des chapitres. Avant la dernière guerre, la confrérie est déjà installée aux Etats-Unis. En 1945, la Confrérie déménage au château du Clos-de-Vougeot, qu’elle loue depuis cette date.

Les statuts de la confrérie ont été inspirés de ceux d’une confrérie bachique du début du XVIIIe siècle, installée à Aix-en-Provence, au mot d’ordre explicite : « Vous ne recevrez dans votre compagnie que des gens, tous bien buvant et bien mangeant, et qui mènent joyeuse vie ».

Les Chevaliers du Tastevin ont repris la formule et l’ont décuplée. Dix-sept fois par an, ils reçoivent au château du Clos-de-Vougeot pour des chapitres, "soirées-spectacles" entre sketch de café-théâtre et grand-messe de communion autour des vins de Bourgogne. Acteurs principaux, les confrères - grand maître, grand connétable, bouteiller ou autre préfacier... - et comme spectateurs, les convives, 500 à 600.

Soirée magique d’une Bourgogne qui reçoit avec discours, harangues, chansons à boire et numéros comiques. Peu importe le prix élevé des chapitres, la salle affiche toujours complet.

La Confrérie est un club fermé. Ne devient pas Confrère qui veut. Le postulant fait un demande, soutenue par deux Chevaliers en titre.

Ensuite, le Grand conseil, en gardien du temple, accepte ou non le postulant. C’est une sorte d’autosélection pour garder au titre tout son prestige. Quelques "grands" de ce monde sont Chevaliers du Tastevin : de Gaulle, Giscard d’Estaing, Reagan, une pléiade de rois, reines, princes, princesses, Hitchcock, Rostropovitch, Alain Prost, etc. Les chapitres de la confrérie des Chevaliers du Tastevin constituent donc une savante alchimie entre convivialité et professionnalisme. convivialité pour l’ambiance et professionnalisme parce que recevoir autant de personnes n’est pas une mince affaire.

Onze mille confrères existent de par le monde répartis en 36 sous-commanderies. A côté de l’association qui gère le "Club des Confrères", un société anonyme réalise un chiffree d’affaires de 120 millions de francs, avec des livres, l’organisation de soirées privées au Clos-de-Vougeot, etc.

Le château vit également avec le Tastevinage. Lancée par la confrérie dans les années cinquante, cette dégustation, deux fois par an, sélectionne des vins et permet à leurs producteurs d’apposer sur les bouteilles une étiquette aux armes des Chevaliers du Tastevin. La confrérie est une affaire qui tourne !

Légendes :
1/ Les Chevaliers du Tastevin lors d’un chapitre au Clos de Vougeot.
2/ La procession des vignerons lors de la Saint-Vincent Tournante, en janvier 1997 dans les Maranges.
3/ La foule se presse pour déguster les vins, à l’occasion d’une Saint-Vincent Tournante.