3500 €, le budget d’une présence (stand, repas, hôtel) au salon de l’agriculture. 136 €, coût d’inscription au CGA d’un vin (89,70 €, dégressif) et son analyse (45,60€). Chèvre. Tout juste labélisé AOC, le fromage de chèvre charolais bénéficiera au salon d’une promotion appuyée. IGP. Gros accent porté à Paris sur la moutarde de Dijon, fraîche « indication géographique protégée ». Aujourd’hui s’ouvre le 47ème salon international de l’agriculture porte de Versailles à Paris. Les petits producteurs y ont de moins en moins leur place.
ENQUETE
Forcément, c’est tentant. Un salon international organisé dans la capitale et qui draine près de 700 000 visiteurs. Mais c’est un succès qui se paie cher pour les candidats exposants. Sans doute trop, au moins dans la conjoncture actuelle. « Je n’ai que trois producteurs fermiers inscrits cette année contre six en 2009 » constate Joachim Schäfer de la Chambre régionale d’agriculture, chargé de l’organisation du stand bourguignon à Paris. Malgré l’aide de 50 % apportée par le Conseil régional aux producteurs fermiers (adhérents du réseau « Bienvenue à la ferme »), un séjour de neuf jours (la durée du salon) revient à 3 500 € si l’on inclut le prix du stand - « au moins 9 m² pour être visible », l’hébergement à l’hôtel et les repas. « Assumer un tel coût est inconcevable, c’est trop cher » ditMartine Ferret viticultrice à Serrières (11 hectares), et plusieurs fois présente au stand collectif S.-&-L. quand il y en avait un, bien plus accessible. « J’y étais depuis 2000 mais pas cette année puisqu’il n’y a pas de budget pourun stand collectif de producteurs » dit de même Pascal Goujon qui tient une ferme-auberge et un élevage de porcs et volailles à Etrigny. « D’un point de vue commercial, la présence au salon ne vaut pas le coup mais quand on milite pourune certaine vision de l’agriculture, on y va, pour expliquer. Cette année, seule l’Yonne dispose d’un stand collectif, ce qui se conçoit mieux : quand on habite Sens, on est presque en banlieue, on peut avoirdes clients sur Paris. » Emmanuel Porcu, producteur d’escargots à Nochize, le dit tout net : « Pour un petit exploitant, il n’y a aucun intérêt à être présent au salon. Il m’a fallu 3 ans pour m’en apercevoir. C’est un salon commercial, pas agricole ! Ony est noyés, un peu ridicules au milieu des grands stands de négociants bien plus nombreux que les producteurs malgré l’aide consentie par les conseils régional et général et la Chambre d’agriculture. »
Si c’est dommage pour l’image du salon, le constat n’est peut-être pas négatif.
« Pourquoi le visiteur viendrait-il au pavillon des régions du salon dépenser son
argent alors qu’il sait qu’il va payer plus cher qu’ailleurs ? » dit Joachim Schäfer.
Selon lui, « le producteur a plus intérêt à chercher ses clients dans les 80 km
autour de chez lui. » Le salon a plus un intérêt dans la promotion. C’est ce qu’en
retiennent les petits producteurs avec leur participation au Concours Général
Agricole même si le coût d’inscription est presque dissuasif. Martine Ferret : «
Cette année, nous (domaine de Monterrains) présentons deux échantillons.
C’est un concours référence, cher certes. Mais notre médaille d’or pour un
mâcon blanc en 2009 nous a valu de bonnes retombées. »
Très chères médailles
Présenter un vin au concours général agricole coûte très cher : 89,70 € d’inscription (tarif dégressif : -5 % pour 5 échantillons), la fourniture de 5 bouteilles, et 45,56 € d’analyses/échantillon (prix du labo de Mâcon). Avec le risque d’être éliminé dès la sélection départementale, ce qui est le cas de 44%des vins présentés ! Pour un fromage, c’est encore plus cher : 21,53 €dossier + 63,39 €/échantillon. Miel : (tarif petits producteurs). Miel : 21,53 + 92,09 €/échantillon + 8 à 25 € d’analyse.
L’EXPERT « SURFER SUR L’EFFET BIBRACTE »
Cynthia Brun-Gandour est chargée de communication à la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. Elle explique l’esprit de la présence saône-et-loirienne au salon de Paris. « Il n’y aura pas de producteurs cette année sur le stand collectif du Conseil général de S.- & L. au Salon de l’Agriculture. L’emplacement coûte cher et on ne rentre pas dans nos frais. Pourles producteurs, il est difficile de vendre au salon sauf pour quelques produits qui s’y prêtent. Avec le Conseil général, on a donc réorienté le stand davantage vers la promotion que vers la vente. Le 2e axe choisi pour vanter la Saône-et-Loire, c’est l’entrée touristique qui a semblé plus appropriée. L’idée, c’est qu’à Paris, il nous est plus facile de nous différencier parnos attraits touristiques que par nos produits, avec l’espoir que les touristes découvrent nos produits, nos AOC (appellations d’origine contrôlée) une fois sur place. On l’a vu l’an dernier avec le stand de Bibracte et sa cuisine gauloise en direct au chaudron. C’était l’approche rêvée : les visiteurs étaient accrochés, venaient goûter, posaient des questions. Le site de Bibracte en a clairement obtenu des retombées avec des visiteurs qui rappelaient avoirvu le stand à Paris. Il revient cette année avec le site de Solutré et Cluny 2010 qui ont beaucoup d’atouts à mettre en avant. Bien sûr, on parle des AOC par leur intermédiaire et on aura sur le stand départemental de belles cartes postales, des fiches recettes gauloises qui utilisent nos AOC. Cela dit, il y aura des producteurs sur le stand régional pour promouvoir l’AOCcharolais, l’IGPmoutarde de Dijon et le boeuf de Charolles. »
QU’EN PENSEZ-VOUS ?
Tenez-vous compte des médailles du concours général agricole ?
FRANK CARRIAS 27 ans Mâcon J’achète les vins primés Je ne tiens pas
spécialement compte des médailles quand j’achète des produits alimentaires.
En fait, je prends toujours à peu près les mêmes marques. Par contre, au
rayon des vins, j’achète plus facilement une bouteille primée à un concours.
S’il y a un choix à faire je préfère sortir une bonne bouteille !
JEAN-PIERRE DUVIGNAUD 59 ans, éleveur Charbonnat. Une reconnaissance
professionnelle Leur attribution n’influence en aucun cas mes choix de
consommation. D’ailleurs, le consommateur ne retrouve que rarement ce type
d’information sur les étals, notamment dans la grande distribution. Je ne
participe pas à ce genre de concours et n’attache qu’une importance relative à
ces distinctions.
FRANÇOISE Orthophoniste Beaune. C’est un signe de qualité Oui, je tiens
compte desmédailles remises par le concours du salon de l’agriculture, pour les
vins, les fromages et d’autres produits. Si je vois la médaille je prends le
produit, c’est signe de qualité. Ce sont de bons produits qui obtiennent cette
distinction. J’agis ainsi depuis que je suis consomatrice.
TROIS PRODUCTEURS FERMIERS. Seuls trois producteurs fermiers
bourguignons tiendront stand dans l’espace Bourgogne du salon de
l’agriculture cette année (hall 7.1). Il s’agit d’Yvette et Roger Rabuat
producteurs de foie gras issu de leur élevage de palmipèdes dans l’Yonne. Ils
proposent aussi des sandwichs au foie gras, rillettes et pâtés. Les Rûchers du
Morvan, apiculteurs bio dans la Nièvre, sont habitués du salon. Ils y vendent
miels du Morvan et produits dérivés : gelée royale, gâteaux divers... Enfin la
FermeDampierre, productrice et transformatrice de laine alpaga et angora dans
l’Yonne. À Paris, elle vendra des pelotes de laines et des vêtements et
accessoires créés par Catherine Barre.