« Pas de gamay dans le bourgogne »

Rien ne va plus sur la côte entre le bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne et le syndicat des bourgognes. « V il et déloyal gamay ». C’est ainsi que Philippe le Hardi, au XVe siècle, qualifie « le » cépage du beaujolais. Un propos suivi d’un édit interdisant la plantation de gamay et n’autorisant la plantation du pinot noir (le cépage rouge du bourgogne) que jusqu’à Mâcon. Voilà comment un texte datant de plus de cinq siècles a marqué la production actuelle. A cela s’ajoute un autre décret, dont la production viticole a le secret, qui permet, depuis 1938, de vendre sous l’appellation bourgogne les vins du Beaujolais respectant les conditions de production (qu’il s’agisse de bourgogne, d’aligoté, de bourgogne passetout- grain, de bourgogne grand ordinaire ou de crémant). Mais pourquoi vouloir changer d’appellation ? Parce que la crise touche fortement la production du beaujolais. D’ailleurs, depuis les années 90, les vignerons de la région lyonnaise arrachent les vignes plantées en gamay pour ensuite planter du chardonnay (le cépage blanc en Bourgogne) et vendre leur vin sous l’appellation bourgogne blanc. Ce qui déplaît fortement au nord de Mâcon. Voilà pour le tableau général. Revenons-en au conflit. Le syndicat des bourgognes estime que le bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB), instance dont fait partie le syndicat des bourgognes, ne prend pas les bonnes décisions. « Le BIVB fêtera (...) ses 20 ans en catimini. Les cotisants sont juste invités le matin à une conférence intitulée : vins de bourgogne et développement durable. Si le sujet est d’actualité, comment parler de développement durable alors que les producteurs de Bourgogne vont subir économiquement à très court terme les orientations du BIVB, à savoir l’acceptation de la délocalisation de la production de Bourgogne dans Beaujolais ? », interroge un communiqué émanant du bureau du syndicat des bourgognes. Et d’accuser : « Le BIVB est clairement favorable à une bourgogne 100 % gamay provenant du Beaujolais et ne trouve pas utile de défendre un moratoire des plantations en blanc dans le Beaujolais ». Et le syndicat des bourgognes d’enfoncer le piquet : « que dire de la cohérence des actes des dirigeants de l’interprofession avec la communication mettant en avant à juste titre le pinot noir comme cépage unique des rouges ? ». En filigrane, on peut lire un conflit larvé qui a toujours existé dans la région entre les viticulteurs d’un côté et les négociants de l’autre. Même si la frontière est on ne peut plus floue. Tant les négociants sont souvent de gros propriétaires et les viticulteurs, négociants à leurs heures.

Gilles MATHIEU et Francis ZIEGELMEYER


Michel Baldassini, président délégué du BIVB (Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne), joint par téléphone, s’est déclaré amer devant le communiqué du Syndicat des bourgognes. « C’est injuste, on attaque les deux présidents en direct. C’est limite diffamation. Comme si nous avions le pouvoir de changer ce qui se passe dans le Beaujolais. C’est un problème qui existe depuis 30 ans et c’est un problème INAO (Ndlr :Institut national des appellations d’origine). C’est un dossier très compliqué. Cette attaque est dirigée vers le négoce et on veut mettre le bazar. Nous sommes pris en otage. Nous donnerons notre réponse ou non lors de l’assemblée de mardi. Nous pourrions aussi rendre les clés et ils se débrouilleront. Il faut savoir que le Syndicat des bourgognes ne siège plus depuis deux mois parmi les diverses instances professionnelles. Leur coup est porté en dessous la ceinture et cela ne peut pas être sans conséquence. » Didier Delagrange est vigneron à Volnay. Comme beaucoup de ses collègues viticulteurs de la Côte de Beaune, il pense que le problème du repli des crus du Beaujolais en vins de Bourgogne est un problème politique. « Personne ne veut revenir sur le décret d’appellation et en commission de bassin, on impose certaines choses pour que le Beaujolais s’en sorte. Certes le Beaujolais est dans la panade mais que peut-on y faire ? », analyse le vigneron non sans souligner qu’il faut sauver les appellations régionales ». « Si le Beaujolais produit du bourgogne, on est foutu. Dans les bas de Volnay, on fait du passetoutgrain et on ne peut faire autre chose », poursuit l’homme du vin, avant de préciser : « Il y a aussi pléthore d’offres et certains en profitent pour acheter des vins à bon marché... Du gamay dans le bourgogne, c’est inadmissible. » « Autre problème, le Beaujolais a arraché (tout en étant payé) 130 ha de vignes pour replanter en chardonnay. Soit disant pour faire du crémant... Et pourquoi pas du bourgogne blanc... », conclut Didier Delagrange, en martelant : « C’est un problème politique ! »

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