Les vignerons au front

450. C’est le nombre de vignerons qui exploitent des parcelles de vigne dans les Hautes-Côtes. Hautes-Côtes. C’est un vin identifié de l’appellation Bourgogne et non une appellation d’origine contrôlée.

Un décret demandant une baisse de rendement de 20 %, dès la récolte 2010, met le vignoble des Hautes-Côtes de Beaune et de Nuits en péril. Et avec, plus de 50 ans de son histoire et de ses hommes. « Nous voulons être indépendants des bourgognes et avoir notre propre identité », tempête Patrick Hudelot, président du Syndicat de défense des Hautes-Côtes. A ses côtés, François Perrier, président de la Cave des Hautes-Côtes à Beaune et vigneron à Meuilley, dans les Hautes-Côtes de Nuits, acquiesce. Le motif de cette volonté de conserver les projets de réforme entrepris et souhaités par les viticulteurs des Hautes-Côtes est simple. Une vraie histoire C’est de poursuivre, comme ils le font depuis 50 ans, l’histoire commencée par leurs aînés qui ont donné une identité forte, une spécificité et une notoriété à leur vignoble. Or, le cahier des charges du fameux décret, conséquence de la loi d’orientation agricole de 2006, impose, dans une annexe, aux vignerons des Hautes-Côtes, les mêmes obligations que celles des exploitants de l’appellation « Bourgogne ». Sachant que les Hautes Côtes ne sont pas une appellation mais un bourgogne identifié.


Syndicat des Hautes-Côtes
L’Union syndicale des Hautes-Côtes est née en 1921. L’appellation a été reconnue le 4 août 1961 et le syndicat des Hautes-Côtes est devenu le premier syndicat AOC (Appellation d’origine contrôlée) de Côte-d’Or. Le 15 juillet 1982, un décret ministériel a reconnu la vigne haute. Au cours de l’été 2005, il a été procédé à la rédaction d’un nouveau décret d’appellation. En 2008, c’est la reconnaissance de l’ODG (Organisme de défense et de gestion). Un cahier des charges « Bourgogne Hautes-Côtes » est rédigé mais non validé. Aujourd’hui, le syndicat est devenu et est pour l’instant une annexe au cahier des charges de l’appellation « Bourgogne ».


Moins 20 % de rendement
Dans cette annexe, la version du cahier des charges, applicable à la récolte 2010, notifie moins 20 % sur la récolte pour les vignes hautes. Dans la version 2 du cahier des charges, les 5 000 pieds minimum pour un rendement sans abattement sont requis, ainsi qu’un écartement maximum de 2 mètres obligatoire entre deux rangs. « Outre ces mesures, on nous demande d’intégrer un ODG (Organisme de défense et de gestion) qui s’étendrait de l’Yonne au Rhône en impliquant des disparités, un pouvoir de décision limité et un asservissement inévitable », explique Patrick Hudelot qui comme tous les adhérents du Syndicat de défense des Hautes-Côtes a demandé le rejet pur et simple de l’annexe au cahier des charges « Bourgogne » et notamment aux dispositions particulières relatives aux dénominations géographiques « Hautes-Côtes de Nuits » et « Hautes-Côtes de Beaune ». Et aussi le maintien de l’existant et la rédaction d’un cahier des charges conforme à la spécificité des Hautes-Côtes. Les vignerons des Hautes-Côtes sont bien décidés à gérer leur terroir et à rester indépendants. En tout cas, ils ont commencé à faire front. En attendant la remise d’un dossier avec leurs propositions à la commission d’enquête. Ce sera dans quelques semaines.


De lourdes conséquences
Si les mesures devaient être appliquées, il est certain que l’on irait tout droit à la mort lente du vignoble des Hautes-Côtes. Avec des pertes conséquentes pour l’ensemble des vignerons, mais aussi pour les adhérents de la Cave des Hautes-Côtes installée à Beaune. Celle-ci ayant déjà été pénalisée en 2005 par la disparition des parcelles en Plaine de Beaune. « Avec les 20 % que l’on veut amputer sur la récolte 2010, j’ai calculé que sur un hectare d’aligoté, la perte annuelle se chiffrait à environ 2 500 € », s’inquiète François Perrier, non sans souligner que les mesures annoncées impliqueront aussi un changement de matériel puisqu’il faudra adapter les engins agricoles aux nouvelles normes de plantation. Des milliers d’emplois, une quarantaine de villages de Côte-d’Or et de Saône-et-Loire, et près de 500 vignerons sont en péril. La sonnette d’alarme est tirée mais cela empêchera t-il d’éviter de bafouer un travail d’un demi-siècle de valeureux vignerons et de mettre en pointillé l’avenir des jeunes générations ? Sans oublier le fabuleux patrimoine culturel, historique et architectural que représentent les Hautes-Côtes.

GILLES MATHIEU

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