La fusion Bourgogne Beaujolais, pas pour demain

Conseil. Il se réunit 2 fois par ans, sous l’égide de trois préfets de régions Fusion. Le rôle du conseil de bassin est purement consultatif. Il n’impose rien. Bourgogne. Les avis divergent sur la marche vers une interprofession unique entre viticulture et négoce. Jura. Structurés en interprofession depuis moins de 20 ans, les vins du Jura sont peu intéressés par une fusion.

Vieux serpent de mer, la fusion entre Bourgogne et Beaujolais revient. Pour mieux... repartir.

ENQUETE

C’est dans le cadre du plan de modernisation de la viticulture française que le ministère de l’agriculture a lancé les conseils de bassin. Les décrets parus en décembre 2008 donnaient naissances à 10 conseils de bassin, (Alsace-Est, Champagne, Bourgogne-Beaujolais-Savoie-Jura, Val de Loire-Centre Charentes- Cognac, Aquitaine, Languedoc-Roussillon, Sud-Ouest, Vallée du Rhône-Provence et Corse.

Il y a un an

En Bourgogne-Beaujolais-Savoie-Jura plus quelques autres, comme les Coteaux du Lyonnais, les Côtes Roannaises, le Bugey et les vins de pays comme Champlitte, si l’on en croit Gérard Clemencin, directeur adjoint de la Direction régionale de l’Agriculture de l’Alimentation et de la Forêt, la première réunion, il y a un peu moins d’un an avait été saluée comme « une nouvelle étape » de cette coopération que tout le monde appelle de ses voeux, mais que personne n’avait pu faire. « La mise en place des Conseils de Bassin sera l’occasion de montrer que nous sommes capables de proposer des solutions innovantes » se félicitait Pierre-Henry Gagey, alors président du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB). Sous l’égide des préfets des 3 régions concernées, Bourgogne, Rhône-Alpes et Franche-Comté. Un an plus tard Jérôme Despey de France AgriMer, organisme national de tutelle, doit rendre son rapport de synthèse fin février après une réunion qui s’est tenue cette semaine à Beaune, et sur laquelle chacun s’accorde à reconnaître qu’elle fut tout aussi courtoise qu’elle n’a servi à rien. En gros, le Jura et la Savoie s’ils veulent bien profiter de la manne des grosses régions, sur le plan de la coopération, entendent garder leurs spécificités et ne pas perdre leur identité dans une instance trop grande et surtout trop loin de chez eux, géographiquement comme philosophiquement. Quant aux petites régions, certains participants doutent même qu’elles en fassent partie.

Bourgogne-Beaujolais

Quant au rapprochement de la Bourgogne et du Beaujolais, il existe déjà dans la loi, puisqu’officiellement le vignoble du Beaujolais est rattaché au vignoble de Bourgogne par jugement du 29 avril 1930 du tribunal de Dijon. Il existe aussi dans les pratiques, puisque le négoce de Bourgogne est gros acheteur de vins du Beaujolais (et aujourd’hui de domaines viticoles). Et il existe enfin dans les instances, puisqu’aujourd’hui -ce qui n’était pas le cas, il y a encore 10 ans- la majorité des représentants du négoce à l’Inter Beaujolais sont des bourguignons. Ce rapprochement existe donc, sur le papier. Mais, à l’évidence, la fusion des interprofessions n’est à l’évidence pas pour demain.


LES VIGNOBLES

Le vignoble de Bourgogne s’étend sur les départements de l’Yonne, la Côte d’Or et la Saône-et-Loire, et couvre plus de 27 000 hectares en production dont 25 000 hectares en appellations d’origine contrôlée. Il produit presque 60% de vins blancs, 34% de vins rouges et le reste en crémant. Le vignoble du Beaujolais, sur les départements de Saôneet-Loire et du Rhône couvre aujourd’hui moins de 20 000 ha. principalement en gamay qui produit des vins rouges. Le Beaujolais nouveau, uniquement produit à partir des AOC beaujolais et beaujolais-villages a représenté jusqu’à la moitié de la production totale du Beaujolais.


L’EXPERT MICHEL BALDASSINI

Viticulteur Président de la Cave de Lugny et du BIVB Président de la cave coopérative de Lugny, au coeur du Mâconnais, président du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne, Michel Baldassini est aussi membre du conseil spécialisé de France AgriMer où il a succédé à Pierre- Henry Gagey en novembre dernier. Aujourd’hui, sur le dossier d’une éventuelle interprofession unique, Michel Baldassini précisant que pour « la Savoie et le Jura, ces deux terroirs souhaitent rester en dehors de ces discussions », il stipule « chacun doit garder sa spécificité », tout en évoquant l’avenir « nous arriverons peut-être à ce qui a été déjà évoqué. C’est-à-dire faire une seule et unique interprofession du vin », avant de prévenir aussi « mais il faudra du temps comme il faudra du temps à faire le rapprochement entre les vignobles de Bourgogne et du Beaujolais. Et, par rapport notamment à ce qui a pu être dit, a propos de la réunion du conseil de bassin qui s’est tenu à Beaune récemment, il a conlu « je précise bien qu’il n’y a pas de zizanie, mais une réelle concertation. ».


QU’EN PENSENT-ILS ?

JEAN-MICHEL AUBINEL Viticulteur, président de l’Union des producteurs de vins mâcon « Les viticulteurs frileux face à ce projet » Nous ne sommes pas contre collaborer avec d’autres régions surdes opérations spécifiques. En revanche nous ne sommes pas obligatoirement favorables à créer une seule interprofession, en raison de la spécificité de chaque bassin. Un syndicat sert à communiquer. La com entre la Bourgogne et la Savoie n’est pas la même. Si la viticulture est frileuse, en revanche le négoce est plutôt pour. C’est logique celui de Bourgogne a déjà absorbé un tiers du Beaujolais. Attention, à ce stade de l’étude rien ne dit que ce projet aboutira.

CLAUDE CHEVALIER Viticulteur, président de la Confédération des associations viticoles de Bourgogne « Ne pas bousculer un calendrier qui n’existe pas » Pour le moment les conseils de bassins sont un bon centre de réflexion et un excellent lieu d’échanges. Même s’il n’a pas grand pouvoir de décision. Quant à une interprofession unique, avec le Beaujolais, il n’y a pas de réelle volonté de vouloir, mais pas non plus de volonté de ne pas vouloir, mais si elle devait s’envisager, ce n’est en tout cas pas dans un avenir ultra-proche. Il est donc urgent d’attendre. Et de faire en sorte de ne pas bousculer un calendrier qui de toute façon n’existe pas

ALAIN BAUD Viticulteur, président de la société de viticulture du Jura « Ne pas perdre notre identité » Il y a deux choses distinctes. D’abord le conseil de bassin. C’est une instance consultative, et pas du tout décisionnaire. Le Jura en attend plusieurs choses. D’abord pour mettre en réseau des moyens d’analyses techniques ou économiques de marchés. Par exemple si nous souhaitons faire une étude sur le chardonnay qui est aussi un cépage jurassien, on ne l’enclenchera pas, sachant que la Bourgogne a les moyens techniques et financiers pour le faire. Nous commanderons alors une étude sur des cépages plus spécifiques au Jura. Mais je pense que sur une fusion vers une seule grande interprofession, il faut être prudent. Car pour le Jura ça ne peut pas nous convenir. On ne peut donc pas évoluer vers ça. Il faut tenir compte des enjeux territoriaux. Le Jura est un vignoble à part avec ses spécificités. Par exemple, aujourd’hui par rapport à notre taille, nous mettons des moyens de communication plus importants que ceux que nous aurions s’il fallait faire un prorata entre les régions et leur poids économique. « Il faut qu’on arrive à la fin de la lutte armée »

OLIVIER RAVIER, Viticulteur Membre du Comité National de l’Institut National des Appellations d’Origine Contrôlée (INA0). Président des Sarmentelles de Beaujeu Aujourd’hui, les viticulteurs bourguignons pensent que les vignerons du Beaujolais veulent planter du pinot dans leurvignoble et ils sont inquiets. On assiste donc à une certaine radicalisation des prises de position qui s’opère. Mais je crois qu’ils ont tort. Les Bourguignons sont costauds tandis que le Beaujolais meurt en silence. Alors aujourd’hui je ne suis pas choqué qu’on parle d’une vraie unité de vues. Il faut qu’on arrive à la fin de la lutte armée sur des cahiers des charges précis. Il faut qu’on aille au-delà de ce débat. Aujourd’hui le Beaujolais est exangue alors que les forces actives commerciales sont en Bourgogne. Il y a 40 ans que le négoce bourguignon tient le marché du beaujolais. On ne peut pas nier, aujourd’hui sa capacité commerciale, notamment sur les marchés exports. C’est compliqué. Mais le beaujolais nouveau c’est important pour les grandes maisons de Bourgogne, qui en commercialisent des millions de bouteilles chaque année, et qui l’utilisent, souvent, comme clé d’entrée sur les marchés exports. Il est donc temps de fonctionner vraiment ensemble. Mais si on continue comme ça, le Beaujolais risque bien de revenir à des volumes commercialisés des années 60. Aujourd’hui (Hier N.D.L.R.) en comité national de l’INAO j’ai même demandé à Pierre-Henry Gagey que l’interprofession de Bourgogne apporte un vrai soutien aux Sarmentelles de Beaujeu la grande fête du primeur, comme le fait l’Inter Beaujolais. Parce que ce serait un symbole fort de la manière dont on peut faire avancer les choses.

PHILIPPE LEGLISE

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