Dix jours où tout se joue

L’hétérogénéité dans la maturation du raisin annonce un millésime compliqué à vinifier. À moins que le soleil de septembre ne rattrape le coup.

 Tous les vignerons de Saône-et-Loire le savent depuis la floraison que le mauvais temps de juin (froid et pluie) a étirée : le millésime 2010 va mettre leurs nerfs à l’épreuve. Les réunions prévendanges de jeudi à St-Désert et Fuissé ont confirmé. « L’année est disparate avec la fleur qui a duré 15 jours. Elle provoque de grandes différences de maturité sur une même parcelle et sur un même pied » résume Alain Roy, vigneron à Montagny. Une année qui exige la vigilance des viticulteurs quant à la maturation de leurs parcelles. « Certaines vignes sont très millerandées (grains minuscules), ce qui peut faire baisser le rendement de 20 hl/ha » dit encore Alain Roy par ailleurs optimiste sur la qualité aromatique du millésime, notamment en blanc : « comme il n’y a pas eu d’excès de chaleur cet été, on aura de bons arômes... »

Les techniciens confirment cette année un peu compliquée par la floraison, la pression de black-rot (un champignon) localement forte sur les grappes (Rully, Chenôves), la grêle sur le Beaujolais et le Mâconnais (Chasselas, Leynes). Patrice Joseph du Laboratoire départemental d’analyses évoque des écarts de maturité jusqu’à 70 g de sucres/l entre deux parcelles en blanc, sachant qu’on vendange à 200-215 g/l. Cela dit, malgré les précautions de vinification (grappes grêlées séparées du reste, pressurage léger...) Patrice Joseph se montre optimiste pour le millésime 2010 en blanc qui sera « de bonne voire de très bonne qualité ».

Il semble plus circonspect en gamay et pinot noir, les cépages rouges : couleur difficile à extraire, pigeage nécessaire mais parcimonieux, millerandage qui impose de ne pas trop pressuriser au risque de générer des goûts de vert. En rouge, 2010 sera un « bon millésime si » les vignerons maîtrisent leur sujet. En blanc comme en rouge, les 2010 seront assez acides. Quant au volume, la récolte s’annonce moyenne, en recul de 3,5% sur 2009 selon les prévisions, à prendre cependant avec des pincettes. Rien d’inquiétant : en très léger retrait, les rendements 2010 autorisés dans les AOC de S.-&-L. sont proches des 60 hl/ha.

Autant de difficultés que l’ardeur ou le manque de soleil des dix jours qui nous séparent des vendanges peuvent atténuer ou aggraver, pour peu que le botrytis s’en mêle.

Tandis que les viticulteurs du Mâconnais attaqueront la récolte des crémants vers le 15 septembre (le Chalonnais le 18), le grand branle-bas des vendanges des vins tranquilles devrait débuter autour du 20 septembre. « Une date normale, ce sont les années précédentes qui étaient précoces ! » précise Anne-Sophie Rousseau, technicienne viticole à la Chambre d’agriculture.

THIERRY DROMARD

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