Acheter de grands vins sans se ruiner

Propriété. L’achat en direct, au domaine, permet généralement de profiter des meilleurs prix. Coopératives. Ne les négligez pas. Les plus sérieuses rivalisent avec les bons vignerons indépendants. Appellations. Misez sur les moins connues, en côte chalonnaise, Mâconnais, en Côte-d’Or et dans l’Yonne. À l’approche des Grands Jours de Bourgogne, quelques conseils pour acheter malin de bonnes bouteilles sans trop casser la tirelire.

Ne surtout pas se fier aux apparences. En Bourgogne, l’arbre des vins de prestige, plus ou moins introuvables — de la romanéeconti aux meursaults de Coche-Dury, en passant par la plupart des grands crus et la production des domaines « mythiques » — ne doit pas cacher la forêt des bonnes bouteilles à prix abordables. Les visiteurs professionnels, qui sillonneront les villages, verre en main, lors des prochains « Grands Jours de Bourgogne » (lire par ailleurs) sont de plus en plus à l’affût de ces rapports qualité-prix. Les amateurs aussi peuvent en profiter. À condition de savoir frapperaux bonnes portes. Et les bonnes portes, en Bourgogne, sont souvent celles des domaines. L’achat à la propriété présente deux avantages : les vins sont généralement moins chers que dans n’importe quel réseau de distribution, et la convivialité de la dégustation en cave est offerte en prime. Encore faut-il, pour ne pas se tromper, savoir sélectionner les vignerons de confiance. Sauf si vous êtes vous-même rompu à la dégustation, possédant déjà votre carnet d’adresses, appuyezvous sur l’expertise des guides et des revues spécialisées. Il en existe de nombreux, généralement fiables. En Bourgogne, hormis celles de la Revue du vin de France (RVF), les dégustations commentées de Bourgogne aujourd’hui (lire par ailleurs cicontre) font référence. Inconvénient de l’achat en direct : vous ne dérangerez pas un producteur pour lui acheter une ou deux bouteilles. Le carton de douze est recommandé. Régionales Les meilleurs rapports qualité prix sont à rechercher dans les appellations les moins connues. Le premier gisement régional de grands vins à prix abordables se trouve en Saône-et-Loire, dans la côte chalonnaise — viser particulièrement les meilleurs Givry rouges et rully blancs — et dans le Mâconnais. Si le prix des Pouilly-Fuissé peut parfois se rapprocher— à juste raison — de celui des grands blancs de la côte de Beaune, les Saint- Véran et Viré-Clessé sont à rechercher. De même que les meilleurs Mâcon villages blancs, presque toujours vendus moins de dix euros. Imparable. Le vignoble de l’Yonne (y compris Chablis) n’est pas à négliger. Les amateurs de sauvignon se régaleront des bons saint-bris, vendus deux fois moins cher qu’un sancerre. Quant aux irancy (rouges), ils sont à découvrir. Leur style mêlant fruit et minéralité en fait des vins à part, ce qu’explique leur encépagement (ils peuvent faire appel à une variété locale, le césar, qui donne des vins de garde). Et la Côte-d’Or ? Sauf si vous ne regardez pas à la dépense, évitez les appellations prestigieuses (Gevrey-Chambertin, Meursault, Puligny-Montrachet, etc.). Les bonnes affaires se trouvent dans les vignobles moins connus... qui donnent parfois des vins de même niveau. Notre tiercé ? Saint-Aubin pour les blancs (très grandes bouteilles, proches des bons Puligny), Pernand-Vergelesses, surtout en blanc (les meilleurs premiers crus se rapprochent des Corton-Charlemagne) et Marsannay. Le village produit les trois couleurs. Les rouges de quelques vignerons d’élite ont notre préférence. Deux conseils enfin : ne mésestimez pas les appellations régionales, et misez sur les caves coopératives sérieuses. Elles proposent de très bons vins, toujours abordables.

 


« ON PEUT BOIRE UN BON BLANC A 7 OU 8 EUROS »

Mâcon, chablis, vins de la côte chalonnaise. Des vins blancs peu onéreux et de qualité, selon Christophe Tupinier, rédacteur en chef de la revue viticole Bourgogne aujourd’hui. « Avec ces vins, il est possible de se régaler pour 7 ou 8 euros », assure-t-il. Les bonnes bouteilles de rouge, « plus compliqué à produire », affichent en début de gamme des prix un peu plus élevés, à 8, 9 euros. Mais preuve en est qu’il est possible d’accompagner un bon plat sans se ruiner, en débouchant une bouteille de la côte chalonnaise, un mercurey, un côte-d’or. La Bourgogne, région viticole renommée pour ses grands crus, propose à 50 % des vins d’appellations régionales. En d’autres termes, la moitié des vins se vendent àmoins de 10 euros. Et c’est « 70 % de la production bourguignonne sur le marché à moins de 15 euros », ajoute Christophe Tupinier. Pour se procurer ces fameuses bouteilles, le mieux est de se rendre au caveau pour y déguster les nectars. L’élément essentiel d’un vin : « La pureté, à la fois dans l’arôme et dans la robe. Il faut que le vin ait une certaine fraîcheur. Le vin est un cheminement, il faut le regarder, le sentir », poursuit-il. Les bouteilles à 1 ou 2 euros achetées en grande surface peuvent proposer « des choses agréables », concède-t-il. « Mais il faut garder à l’esprit que la qualité se paie. La fabrication d’un tel produit implique les savoir faire de toute une filière professionnelle ».


EN CHIFFRES 1,5 MILLION

La production moyenne bourguignonne en hectolitres pour une récolte (moyenne calculée sur cinq ans). 60,5 % Le taux de production de vins blancs. 30,5% sont des rouges et rosés, 8% des crémants de Bourgogne. 27 700 Le nombre d’hectares en production. Une surface qui représente 3% du vignoble français. 100 Le nombre d’appellations différentes. Il existe 44 appellations communales, 33 grands crus, 23 appellations régionales. 3 800 Le nombre de domaines viticoles. La Bourgogne compte 250 maisons de négoce et 23 caves coopératives. 177 MILLIONS Le nombre de bouteilles commercialisées du 1er août 2008 au 31 juillet 2009. 45 %sont destinées à l’export. 2 % La vigne occupe 2% des surfaces agricoles exploitées en Bourgogne. 3 % L’industrie viticole équivaut à 3% du PIB de la Bourgogne. 20 000 Le nombre d’emplois directs générés par la viticulture. 100 000 Le nombre d’emplois indirects (verreries, tonnelleries) générés par l’industrie viticole. La Bourgogne compte 1 300 metteurs en bouteille. 2 Le chardonnay qui représente 46% de l’encépagement et le pinot noir (36% de l’encépagement) sont les deux principaux cépages de Bourgogne. 0,8 Le nombre d’hectares de la Romanée, la plus petite appellation au monde. 6,5 % Les vins de Bourgogne constituent 6,5% de la production AOC en France.


L’ÉCONOMIE DES GRANDS JOURS

Reconduite tous les deux ans, la manifestation « les Grands Jours de Bourgogne »(du 22 au 27 mars prochain en Bourgogne. www.grandsjours- bourgogne.fr)draine bon nombre de viticulteurs bourguignons et prescripteurs du monde entier. En 2008, les 937 exposants qui ont participé à l’événement ont promu leur entreprise auprès d’importateurs en quête de nouveaux fournisseurs. Selon une enquête réalisée par le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB) en 2008, 88 % des commerciaux ont déclaré vouloir passerune commande auprès de leurs nouveaux contacts. Car cette manifestation est avant tout l’occasion de fournir son carnet d’adresses. « On retrouve souvent des habitués aux Grands Jours, et puis une année, on conclut un partenariat. Vendre à un importateur étranger me prend entre trois et quatre ans », explique Denis Valdenaire du domaine Chofflet-Valdenaire à Russilly. Jouissant d’un fort réseau en France, l’événement lui permet de développer son réseau à l’international. « Je mise sur les pays de l’Est cette année, c’est un marché qui va devenir important. » L’événement facilite la prise de contact avec l’international « pour les petites structures notamment », dit Camille Barnier, responsable tourisme viticole et Grands Jours de Bourgogne. Les rencontres peuvent aussi déboucher sur des partenariats locaux. « Certains viticulteurs peuvent tout simplement conclure un marché avec un restaurateur de Chalon », raconte Denis Valdenaire. Lors de la dernière édition, 52 % des 1 900 visiteurs venaient de France, 48% de l’étranger, de 35 pays différents.

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